L’odyssée de l’Aquarius
Par Anthony Casanova , le 12 juin 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

C’est l’histoire d’un bateau en mer, d’une embarcation à la dérive, d’un radeau qui arrangerait tout le monde s’il se changeait en cercueil.

On ne choisit ni le lieu ni le jour de sa naissance, et, à l’évidence, on le mérite rarement. Par exemple, si aujourd’hui je suis très heureux de ne pas être Syrien, j’ai sacrément honte d’être Européen. Oui, car c’est une sacrée chance de ne pas avoir eu à naître dans un pays en guerre dont le peuple a le «choix» entre un dictateur ou Daech. Si j’étais né là-bas, moi, eh bien j’aurais fui.

Oh bordel, oui j’aurais décampé vite et loin, et je sais que, con comme je suis, j’aurais vu en l’Europe : le Paradis. L’Europe c’est les Droits de l’Homme, Leonardo da Vinci, les Beatles, la Cinecittà… alors, moi aussi j’aurais abandonné tout ce que j’ai, j’aurais sans doute risqué ma vie pour être libre, en paix, en tentant peut-être d’être heureux là-bas «chez toi»… mais après avoir risqué 1 000 fois de mourir noyé, en débarquant enfin sur le doux sable méditerranéen… je t’aurais trouvé toi. Toi, triste con avec ta face de médiocre, qui balaye ma main tendue et me traite comme du bétail. Toi, petite merde grimaçante qui parle des miens et de moi, comme si nous étions des parasites.

Que sais-je ? Peut-être, sur mon radeau de fortune, aurais-je rêvé qu’une fois sur la terre ferme tu m’accueilles par un sourire, une tape sur l’épaule, et que tu me proposes un café, en me disant : «ne t’inquiète pas, ici tu es en sécurité». Mais non, il a fallu que tu sois petit et mesquin, bête et méchant en n’ayant que ton groin pour tout horizon. Tu es là, assis dans ton pays libre, installé dans ton État riche, et tu oublies que tu n’y es pour rien. Montaigne, Molière, Hugo, Zola, Montesquieu pour toi ce ne sont que des noms de rue. Tu fais du hasard de ta naissance une règle immuable pour t’octroyer le droit de me refouler à l’entrée du monde libre. Un monde libre qui, si les gens comme toi finissent par être majoritaires, finira par disparaître.

Je ne crois en aucun Dieu. Et te voyant brandir ton Jésus en me refoulant, j’aurais songé que ce Christ, dont tu parles tant, devait avoir la peau plus proche de mes joues bronzées que de ton cul tout blanc. Si Jésus vivait aujourd’hui, tu parlerais de lui en disant : «sale Arabe». Avec toi et les tiens, il n’aurait pas fini sur une croix mais au fond de la méditerranée. Autour du coup, tu ne porterais pas de crucifix mais La Grande Vague de Kanagawa.

Non, le seul débat que tu aurais dû avoir ce n’est pas «comment te justifier de me fermer la porte au nez?» mais «comment m’accueillir dignement?». Tu es la preuve qu’on ne peut pas toujours écrire «Homme» avec un «H» majuscule. S’il fallait te renvoyer chez toi, dans l’univers qui correspond à ton humanité, on te bazarderait illico dans les chiottes. Ça ferait ton sur ton. Toi dont l’âme à l’odeur de tes excréments.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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