Ma sorcière bien née, mais…

par | 16 Mar 2021

Dans cette période un poil tendue, ce serait logique que je vous cause de ce qui fait l’actu, du probable prochain confinement à la violence des jeunes en passant par les grandes douleurs pas du tout muettes des artistes sans oublier le temps qu’il fait. Sauf que ça me fait encore plus braire qu’un âne à qui on masserait les génitoires à grands coups de ceinturon en cuir de rhinocéros, je ne sais pas d’où me vient cette comparaison parfaitement dégueulasse, va falloir que je demande à mon psy, ah, non, merde, j’ai pas de psy, tant pis, je vais demander à ma buraliste, on ne sait jamais. Et donc, comme je suis tenu de rendre un papier tous les quinze jours sinon Casanova risque de mettre une tête de cheval coupée dans mon lit et déjà que je fais de l’apnée nocturne – mais je me soigne, hein, faut pas croire, à mon âge faut prendre ça au sérieux. D’ailleurs, si vous vous réveillez fatigués et que vous roupiller d’un coup dans la journée et tout ça sans vous être pieutés à des heures indues, ne déconnez pas et allez consulter, on ne sait jamais, les apnées, c’est dangereux, il y a risque d’AVC, d’infarctus, et même de voter à Droite, c’est dire. Non, sérieux, allez en parler à votre toubib -, j’ai pas envie de me réveiller avec une tronche de bourrin à côté de moi. Non, je ne parle certainement pas ainsi de mes ex, lâchez-moi, les néoféministes en carton.

Tiens, d’ailleurs, non, ne me lâchez pas, vu que c’est de vous dont à propos desquelles je m’en vais dégoiser par ce beau matin quoiqu’un peu nuageux sur l’Est du pays, dans une température en dessous des normales de saison. Car la nouvelle mode, qui est, je le rappelle ici, aussi conne que l’ancienne, mais qui est nouvelle, ce qui change un peu, la nouvelle mode, donc, c’est de se réclamer de l’héritage des sorcières, ces courageuses rebelles qui s’opposaient au patriarcat avec un courage inouï et patati et patata. Ben voyons, mais c’est bien sûr ! Toutes ces femmes qui furent brûlées, martyrisée, torturées étaient toutes des pré-féministes et se battaient pour les droits de leurs consœurs filles d’Ève, c’est parfaitement évident.

C’est parfaitement évident au pays magique des lutins magiques. Parce qu’ailleurs, dans la vraie vie des vraies gens et surtout des vraies femmes, la plupart des victimes des procès en sorcellerie étaient soit de vagues guérisseuses à qui de sombres connards imputaient des pouvoirs magiques, de la magie noire, sinon, c’est pas drôle, voire de braves dames que d’autres couillons ou couillonnes avaient dans le pif et que l’accusation de commerce avec le Diable menaient ipso-facto à remplacer les Chamallow© dans le feu de camp de service. Je ne dis pas que dans le tas des cramées, il n’y ait pas eu quelques proto-féministes en large avance sur leurs temps, quelques révoltées qui cherchaient dans de sombres grimoires encore plus obscurs qu’un discours de Despentes une solution à leur statut d’esclaves domestiques et sociales, je suis bien certain que probablement un ou deux groupes de ces énervées des balais et des chats noirs espéraient renverser la domination masculine avec des philtres et pas ceux de chez Melita®, mais sinon, pour les autres, toutes les autres, c’est rien que des conneries. Qu’elles aient tenté d’ensorceler la vache au Père Dugenoux pour se venger ou qu’elles se soient contentées de passer par là au mauvais moment, elles ne sont pas rebelles, elles sont victimes d’époques où la Raison et la Morale étaient sous le boisseau de la Religion et de la Superstition – oui, je sais, c’est presque pareil. Presque. – et c’est absolument dégueulasse, mais elles ne sont pas pour autant des modèles de la lutte féministe, bordel !

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’on manque de modèles féminins, en Europe ou ailleurs, qui se sont imposées dans un monde d’hommes, avec force ou avec ruse, peu importe, mais toujours avec un putain de courage et qui, elles, ont volontairement remis en cause l’ordre social patriarcal. D’Hypatie d’Alexandrie à Émilie du Châtelet, d’Ana de Sousa Nzinga Mbande à Triệu Thị Trinh, en passant par Dame Carcas de Carcassonne et Jeanne Hachette de Beauvais, sans oublier les femmes médecins de Salerne du XIe au XIVe siècle, il y a de quoi faire dans tous les domaines, même cette arrachée mystique de Hildegarde de Bingen, musicienne, scientifique, philosophe, philologue, bonne-sœur vaut largement la peine d’être étudiée. Y en a plein d’autres, aventurières, guerrières, artistes, scientifiques, poétesse, suffit de bien vouloir chercher un peu et de sortir un peu des clichés qui font frétiller tous les Éric Zemmour de service. Et si vous voulez vraiment une sorcière, moi, je vous conseille Elizabeth Montgomery, Samantha de Ma Sorcière bien-aimée, parce qu’en plus d’avoir été une chouette actrice qui a fait rêver plein de générations – et faire des rêves torrides aux plus énervés de ces générations -, elle était surtout une sacrément belle personne qui n’hésitait jamais à s’engager pour autrui, quitte à risquer de foutre en l’air son image publique dans une Amérique cul-serré.

Faudrait donc arrêter d’agiter les os roussis de celles que les blaireaux ont qualifié de sorcières pour mieux les foutre au feu et s’intéresser un peu à celles qui ont revendiqué haut et clair qu’elles voulaient prendre leur place dans le Monde. Toute leur place.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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