Mahomet en bref
Par Coq des Bruyères

De Rushdie à Charlie, petits repaires historiques

26 septembre 1988 : parution du roman The Satanic Verses (Les Versets sataniques) de Salman Rushdie. Aussitôt, le livre est interdit en Inde, en Afrique du Sud, au Pakistan, en Arabie saoudite, etc.

14 janvier 1989 : en Angleterre, un millier de musulmans se réunissent devant la mairie de Bradford pour brûler des exemplaires du livre.

14 février 1989 : en Iran, l’ayatollah Khomeyni lance une fatwa contre Salman Rushdie et ses éditeurs.

26 février 1989 : à Paris, lors de la manifestation d’un millier de musulmans, le portrait de Rushdie est brûlé, et on y scande « à mort Rushdie ». Si l’archevêque de Lyon, le cardinal Decourtray, se déclare solidaire des musulmans, tout le monde culturel et intellectuel ne fait qu’un avec Salman Rushdie.

21 novembre 2002 : en marge de l’élection de Miss Monde au Nigeria, suite à un article du journal This Day suggérant que les femmes qui participent à ce concours sont si belles que le prophète Mahomet aurait pu en choisir une pour femme provoque la fureur dans le pays. Des affrontements éclatent, faisant plus de 200 morts et un millier de blessés. Malgré les excuses du journal, leurs locaux sont incendiés, ainsi que plusieurs églises. En France, le dessinateur Cabu aborde cette actualité en représentant Mahomet dans Charlie Hebdo. Le journal reçoit ses premières menaces d’intégristes musulmans, et Cabu y apprend qu’il est « interdit » de représenter Mahomet.

29 août 2004 : diffusion à la télévision néerlandaise d’un court métrage de 10 minutes, Submission (« Soumission »), réalisé par Theo Van Gogh en collaboration avec l’écrivaine et femme politique Ayaan Hirsi Ali, souhaitant dénoncer la misogynie et la violence faite aux femmes dans les textes du Coran.

2 novembre 2004 : Theo Van Gogh est poignardé, achevé par plusieurs balles en pleine tête puis égorgé. Son assassin laisse un message de menace à l’encontre d’Ayaan Hirsi Ali, qu’il plante à l’aide d’un couteau dans le corps de Theo Van Gogh.

En 2005 : l’écrivain danois Kåre Bluitgen souhaite écrire un livre pour la jeunesse racontant la vie Mahomet. Cependant, il a énormément de mal à trouver des illustrateurs acceptant de participer à son projet. En réaction, le journal danois Jyllands-Posten propose à 40 dessinateurs de représenter Mahomet. 12 répondront.

30 septembre 2005 : les 12 caricatures sont publiées dans l’édition du Jyllands-Posten. Le journal et les dessinateurs sont menacés de mort. Des manifestations qui se transforment souvent en émeutes s’organisent dans le monde pour protester contre les 12 caricatures. Des ambassades sont attaquées, la diplomatie internationale est en crise. À travers le monde, moins d’une vingtaine de journaux oseront publier les 12 dessins.

1er février 2006 : France-Soir est le premier journal français à publier les caricatures et, dans la foulée, le directeur de la publication, Jacques Lefranc, est limogé.


Charlie 712 – Histoire d’une couverture
(reportage de Philippe Picard et Jérôme Lambert) :

7 février 2006 : alors que Charlie Hebdo prépare un numéro spécial sur les caricatures, plusieurs associations musulmanes, dont le Conseil français du culte musulman, tentent de faire interdire la parution du journal. Elles sont déboutées.

8 février 2006 : Charlie Hebdo est dans les kiosques avec en couverture un dessin de Cabu titré « Mahomet débordé par les intégristes », qui fait dire à Mahomet : « C’est dur d’être aimé par des cons. » Jacques Chirac, président de la République, condamnera l’hebdomadaire satirique en déclarant: que ce sont des « provocations manifestes susceptibles d’attiser dangereusement les passions ».

1er mars 2006 : parution dans Charlie Hebdo du manifeste intitulé Le Manifeste des douze : ensemble contre le nouveau totalitarisme. Dans les signataires, on retrouve Ayaan Hirsi Ali et Salman Rushdie :

« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous.

Les événements récents, survenus à la suite de la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident-Orient, mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde encore liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité partout où elle passe. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustice et de domination : celle des hommes sur les femmes et celle des intégristes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l’accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l' »islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes. Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obscurantisme. »

7 et 8 mars 2007 : déroulement du procès contre Charlie Hebdo suite à la plainte déposée par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale.

22 mars 2006 : le verdict tombe : Charlie est relaxé. L’UOIF et la Ligue islamique mondiale font appel.

12 mars 2008 : en appel, Charlie Hebdo gagne définitivement le procès « des caricatures de Mahomet ».

2 novembre 2011 : les locaux du journal Charlie Hebdo sont incendiés par un jet de cocktails Molotov. Cet attentat coïncide avec la parution d’un numéro spécial, rebaptisé Charia Hebdo en réaction à la victoire du parti islamiste Ennahdha en Tunisie. En couverture du journal, un dessin de Mahomet en train de dire : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire ! »
7 janvier 2015 : deux islamistes radicaux, les frères Chérif et Saïd Kouachi, font irruption dans les locaux du journal Charlie Hebdo. Ils tuent douze personnes et en blessent onze autres. En sortant des locaux, ils hurleront dans la rue : « On a vengé le prophète Mahomet. »

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