Maladie d’argent
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique


« Je n’aime pas les riches, j’en conviens » déclara un soir de débat télévisé François Hollande dans un éclair de sincérité aussi rare que fugace. Un triste aveu de haine et de rejet vis à vis de celles et ceux qui, dans un monde de misère et de pauvreté, souffrent du poids de la différence. Comme toutes les minorités opprimées, celle des nantis doit faire face à la défiance, la moquerie et la vilénie des masses. « Avare », « pingre », « rupin », et autres quolibets qu’on ne prête qu’aux riches.

Eux se terrent dans le silence, n’osant prendre la parole que dans les groupes de presse qu’ils contrôlent. Maladroits dans leur défense, ils justifient alors leurs revenus démesurés par une prétendue légitimité, la lourde charge de leurs responsabilités, une vie de labeur entre New York et Singapour à bord de jets privés déshumanisés. D’où, selon eux, une vie en décalage d’honoraires.

Bien plus cruelle demeure la réalité de ces femmes et ces hommes frappés par le destin.  L’argent étant un simple outil facilitant les transactions, qui peut à ce point en désirer la possession illimitée ? Un collectionneur de marteaux trouvera son plaisir en accumulant des objets de différentes époques, de cultures variées, de formes et de tailles originales. Mais un collectionneur d’argent ? Pas un collectionneur de monnaie, mais un individu victime de pulsions l’entrainant à faire croitre indéfiniment un chiffre sur un relevé de comptes ? Sinon un malade chronique souffrant de troubles mentaux.

Comme souvent dans le cas de telles pathologies, la force du déni n’offre pas au patient la possibilité d’une prise de conscience de sa propre situation. D’aucuns se justifieront par un train de vie dispendieux sans remarquer que, faute d’être immortel, leur seule vie ne leur suffira jamais à tout dépenser. D’autres argueront l’importance de mettre leurs enfants à l’abri sur soixante générations, produisant ainsi une descendance d’individus « assistés », qu’ils conspuent par ailleurs.

Sans aide extérieure, la paranoïa ne tardera pas à venir s’installer dans une psyché gangrénée par l’appât du gain. D’où l’importance d’une taxation efficace des hauts revenus afin de soulager toute personne prisonnière de ses penchants pervers. Un traitement qui posséderait le double avantage de ne pas avoir à être remboursé par la Sécurité Sociale, et de combler dans le même temps le déficit de cette dernière

Problème : un président qui n’aime pas les riches peut-il mettre en œuvre une politique destinée à leur venir en aide ? Assurément non. Ainsi, conformément à la logique d’addiction, il semblerait que les riches aient toutes les raisons d’aimer François Hollande.

 

par Guillaume Meurice

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