Mauvaise cible
Par Romain Rouanet , le 16 janvier 2018

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Pour cette nouvelle année chargée de belles résolutions qu’on a déjà arrêté de tenir, on part sans attendre au cœur même de la culture qui fait rien qu’à détruire un peu plus chaque jour notre belle identité nationale en s’immisçant insidieusement dans les coins. Je le précise à l’intention des frontistes, il ne s’agit ici d’aucune culture à consonance arabe mais bel et bien de celle américaine, là où les opportunités se créent et les rêves se réalisent, là où on allonge les cafés allongés et bâfre des pavés de lipides sauce cholestérol, là où on finance les soins stériles de son cancer en endettant sa descendance sur trois générations, là où on peut acheter un uzi au même endroit que des petits pois, bref, au pays de l’Oncle Sam et de tata Oprah.

Nous sommes la veille de la Saint-Sylvestre et il fait beau à Boston, Massachusetts, mais on s’en branle puisque l’histoire se passe à Wichita dans le Kansas. Ce soir-là, plusieurs voitures de police caracolent dans les rues tambour battant et toute sirène dehors suite à l’appel inquiétant d’un preneur d’otages présumé, forcené s’il est blanc sinon terroriste, qui aurait fumé son paternel et tiendrait en joue sa mère et sa sœur. Il aurait sommé qu’on dépêche quelqu’un fissa sous peine que le parricide vire en Dupont de Ligonnès.

Cernant les lieux de leurs gâchettes souples quoique paranoïaques, les flics attendent donc du mouvement dans la souricière en se demandant si c’est plus poli d’aller frapper ou de sonner. Un homme sort finalement sur le perron et, en moins de temps qu’il n’en faut à un puceau pour faire une syncope devant Emmanuelle Chriqui, se ramasse plusieurs pruneaux assermentés sans autre forme de sommation. Bon, on peut être choqué du caractère expéditif de la manœuvre : flinguer un type sans vérifier ses papiers d’identités ou son taux de culpabilité, ça manque clairement de professionnalisme. Après nous, on a pas trop l’habitude. En France, les flics hésitent toujours un peu avant de tazzer une silhouette ou d’enfoncer leurs matraques dans des muqueuses qui ne sont pas prévues à cet effet. C’est quand même un signe d’élégance morale. La preuve, on envoie même de la bleusaille se faire piétiner en binôme dans les recoins obscurs du béton menaçant juste pour égayer les mornes Saint-Sylvestre des courageuses bandes agglutinées en grappe autour d’enceintes crachant du mauvais hip-hop et qui considèrent équitable d’entamer un combat à partir de 20 contre 1.

Hélas, et c’est là que le bât blesse America, il s’avère qu’il n’y a en réalité aucun cadavre ni otage dans la maison. Après enquête, l’homme s’est en fait fait « swatter » la gueule sévère par un joueur en ligne, domicilié en Californie, c’est-à-dire à 2400 bornes de là à vol de Cadillac. Tiré de l’acronyme SWAT qui signifie GIGN, le swatting est une pratique qui consiste à appeler la police pour dénoncer un crime imaginaire dans le but de nuire à une tierce personne qui nous as embêté, ou juste pour le plaisir si on est vraiment un farceur. Il est à noter que cette pratique est illégale notamment parce que les flics n’aiment pas se déplacer, et encore moins pour rien. Alors si en plus, un honnête citoyen se fait refroidir dans l’opération, bon… Surtout que le citoyen en question peut être blanc, ce qui est vraiment dramatique. C’est pas pour dire mais ce genre de canular aux states, c’est quasiment une tentative d’homicide volontaire.

N’empêche, si les flics sont juste bons à défourailler sans vergogne, aligner les automobilistes qui roulent à 85 sur RN ou servir de paillasson pour les jeunes du ter-ter, où va le monde, je te le demande ?

(l’info originale sur le site de LCI)

Par Romain Rouanet

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