Merci Fakir!
Par Anthony Casanova , le 19 avril 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
On ne va pas se mentir en pesant le pour, le contre et le milieu: il faut voir et faire voir le film «Merci Patron!». Voilà ça c’est dit, maintenant on peut en parler.

Ce film-documentaire part de l’envie du rédacteur en chef du journal Fakir, François Ruffin, de «redorer» l’image du grand patron du groupe LVMH, Bernard Arnault. Pour cela, il décide de trouver une solution pour que ce-dernier et les salariés qui se sont fait virer par ses entreprises se rencontrent. Malheureusement, le rendez-vous ne se fait jamais ce qui donne l’occasion à Ruffin de perturber quelques réunions des actionnaires de LVMH dans un joyeux bordel.
Mais, alors que le film aurait pu n’être qu’une série de happening… une des familles interviewées auparavant par Ruffin risque de voir leur maison se faire saisir par les huissiers. Monsieur et Madame Klur ont trop de dettes, ils n’y arrivent plus, et c’est à ce moment-là que le film commence. Ainsi, nous allons suivre toutes les péripéties de cette famille et de leur presque fils adoptif, François Ruffin, pour qu’un semblant de justice se fasse.

Outre le côté lutte des classes et combat social du postulat de départ de ce documentaire, c’est au final un véritable «thriller» politique que l’on doit à la bande de Fakir. Et ça, cinématographiquement, ça vous laisse sur le cul!  Le film voit sa narration complètement bouleversée par les différents aléas de la famille Klur. Comme dans un film américain, il y a tout: l’émotion, la colère, le suspense, le dégoût, des innocents à sauver, un héros et un méchant que l’on ne retrouve que dans les James Bond, puis, surtout, une fin qui fait du bien.

Durant le film, on assiste à l’emballement du scénario, aux doutes du réalisateurs que l’on partage, à la peur de l’échec du plan mis au point pour «venger» les Klur, avec pour fil conducteur, l’euphorie chaque fois qu’une étape se passe sans accroc. Bien que nous pourrions résumer l’histoire à l’épopée de Robin des bois tentant de piquer la bourse de Picsou pour la donner au Pauvre Martin de Brassens, le résultat magnifie ces références populaires en les extirpant de l’allégorie pour se confronter au concret.

Allant complètement à l’encontre du non-interventionnisme des documentaires lambda, Ruffin met en scène le réel. Le monde est trop con, trop injuste, et le documentaire satirique qu’il s’apprêtait à filmer allait se changer en mélodrame… alors il part en résistance pour ne pas assister, caméra au poing, au naufrage d’une famille. Il refuse d’être impuissant, il refuse de se résigner, donc il nous embarque avec lui dans le récit d’un sauvetage improvisé.

LVMH et Bernard Arnault sont à l’opposé de la famille Klur. L’un gouverne le monde les autres le subissent. Dans ce combat perdu d’avance il y a le journal Fakir. Pourtant, Fakir, c’est un petit journal. Quand je dis «petit journal» j’entends par là: un «journal confidentiel» avec quelques milliers d’abonnés et un peu plus de lecteurs. Or, lorsque les négociations se font entre le groupe LVMH et la famille Klur, l’émissaire du groupe de luxe a l’air de ne «craindre» qu’une chose: Fakir. Les autres médias, il a l’air de s’en foutre. Pourquoi? Comment LVMH peut-il plus se soucier de Fakir que de Libération, France Inter etc.?

La raison est peut-être assez simple: Ruffin et son journal passent pour des agitateurs, des gens qui foutent la merde, et dans le monde lisse et policé de LVMH, ils ne veulent pas que l’on dérange leurs grands-messes promotionnelles où les petits fours divertissent les gros actionnaires. Pour couronner le tout, en France, François Hollande est au pouvoir. Et si nous, nous pensons que le PS mène une politique de droite, pour des gens comme Arnault, Hollande est une sorte de bolchévique. On ne nous dit jamais à quel point les grands patrons sont des trouillards. Ils tremblent devant tout ce qui ressemble de très près ou de très loin à la gauche.

Alors oui, merci à Ruffin et merci à Fakir d’avoir fait un film qui est une claque à l’apathie, à la morosité et à la désespérance, en nous rappelant qu’ils ne sont pas si grands, mais surtout que nous ne sommes pas si petits

par Anthony Casanova

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