La mère de toutes les conneries
Par Naqdimon Weil , le 1 juillet 2020

NAQDIMON fait son malin

Qui est-ce, bordel de nom de Dieu de manche à couille de mes deux, c’est qui, merde alors, qui est-ce ? Qui est la première ou le premier à avoir tendu un micro à un chanteur pour midinette ou à une actrice en pleine promo pour lui demander son opinion sur l’avenir du monde – non, toujours pas le journal – ou sur un sujet de société alors brûlant ? Qui a cru que dans chaque Arlequin et dans chaque Colombine sommeillait un Zola de circonstance ? Je ne sais plus, mais je pense que celle-ci ou celui-là, qui a posé des questions profondes à un artiste en 2D, a commencé à bien foutre la merde dans le débat public.

Vous me direz, moi qui vous cause chaque semaine de mes aigreurs, et pas celles d’estomac, vu que je prends des IPP pour celles-là, non, de mes aigreurs intellectuelles et morales, qui suis-je pour m’emporter de la sorte face à l’opinion de Machine ou de Truc. Et vous aurez bien raison de me poser la question. Moi ? Je ne suis personne et je ne parle que de ma position de vulgum pecus, de lambda, d’un iota, bref de simple citoyen, même si j’ai un dictionnaire de locutions latines et grecques. Donc, ajouterez-vous, car vous êtes malins et plein d’esprit, tu es gonflé à l’hélium de jeter la pierre à Pierre, Paul ou Jacques, voire à Pierpoljack – tiens, qu’est-ce qu’il devient, lui ? Notez bien, je m’en fous, j’ai jamais pu encaisser le reggae – parce qu’ils expriment eux aussi leurs opinions, ils en bien le doit. Certes, vous répondrais-je, car j’ai du vocabulaire et de la courtoisie, certes, ils ont le droit d’avoir une opinion, mais ont-ils celui d’écraser celle-ci à la gueule de milliers, de centaines de milliers et parfois de millions d’auditeurs, de téléspectateurs ou de lecteurs de magazine chaque fois qu’ils ont un pet intellectuel de travers ?

Parce qu’elles est là, la question qui se pose sur leurs postures, en fait. Celle de la légitimité, bien évidemment. Mââme Binoche croise deux ou trois «électrosensibles» et la voilà spécialiste des ondes 5G. Kassowitz lit des sites complotistes et aussitôt, il explique le 11 septembre 2001 sans jamais remettre en question les théories fumeuses et le fatras pseudo-technique qu’il a ingurgité sans le questionner. La mère Juliette B, tiens, encore elle, mais elle fait très fort ces derniers temps, consulte les bouquins de Pierre Rabhi de La Crèche en faisant son caca du matin, ce qui prouve qu’elle sait lire, qu’elle a un bon transit et un goût de chiotte question littérature, et elle arrive avec des certitudes moisies sur l’agriculture, toutes plus débiles les unes que les autres.

Et alors, m’interromprez-vous, un peu agacé que je tienne le crachoir pendant tout un paragraphe, en quoi est-ce un mal, n’ont-ils pas le droit à exprimer leurs opinions comme n’importe quel citoyen, hein, d’abord ? Oui-da, rétorquerais-je, car j’adore faire genre, je maîtrise le vieux françois – non, pas toi, Fanfan, toi, tu es immaîtrisable, car tu es le roi du kung-fu – tout comme mon cafetier, ma
caissière, mon préparateur en pharmacie ou mes tatoueuses – non, elles ont beaucoup plus de droits, vu que ce sont des copines -.

Sauf que.

Sauf que Binoche and C° ont un tout petit avantage sur les autres braves gens que compte ce beau vieux pays démocratique qu’est la France. Et ça s’appelle l’accès aux médias. Oui, comme je le disais en entrée de chronique, eux, on leur tend le micro pour recueillir leur pensée suprême, qui tient plus du suprême de volaille que de la pensée philosophique ou scientifique. Et ils en profitent, les gougnafiers, pour débiter plus de conneries en une heure qu’un charcutier ne débite d’andouillettes dans le même temps et pourtant, c’est bon, l’andouillette. Zéro réflexion, zéro questionnement, zéro éthique de responsabilité, ils ont la parole et la morale en bandoulière et tant pis s’ils tissent le plus inepte tissu de niaiseries qu’il se puisse se concevoir. Et ça, ça me fout un poil en rogne.

Tiens, ça me revient, ce sont Danièle Breem et Patrick Lecoq qui interrogèrent sur les affaires du moment un Balavoine jeune et exalté face à Mitterrand.

Après ça, Lecoq est devenu comique.

Ceci explique certainement cela.

 

par Naqdimon Weil

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