Moment amusical
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

biche-435-3Bon, ça avait plutôt pas mal commencé …
Évidemment, il faut réussir à oublié le ton un peu snobinard d’Augustin Trapenard, du genre: «tu peux pas comprendre, t’as pas lu l’intégrale de Marguerite Duras à l’envers et, en plus, tu fermes le dernier bouton de ta chemise, beurk».
Mais non, je l’aime bien quand même, et il a souvent des invités de première bourre.
Justement, ce matin-là, Nathalie Dessay.
Qui, quand l’interviewer lui demande: «qu’écoutez-vous comme musique», répond: «je n’écoute jamais de musique; je préfère la radio qui parle.»
Il y en a que ça étonne, mais, comme tout paradoxe, c’est parfaitement logique; quand on passe sa journée à faire de la musique, on a envie de tout faire, le reste de la journée, sauf d’en écouter.
Ou alors, en faisant autre chose.
Ma compagne, à côté de moi à la seconde où j’écris ces lignes, se love langoureusement contre moi et, d’une voix à côté de laquelle Scarlett Johansson dans «Her», c’est Nadine Morano dans… ç’que vous voulez, me susurre :
«en faisant quoi, par exemple?»
C’est pour vous dire si cette matinée avait bien commencé!
Mais le soufflé, («soufflé», pour une chanteuse lyrique, c’est quand même bien vu), est retombé quand elle a parlé de Michel Legrand comme d’un, je cite: «grand compositeur».
Gasp!
Allez, Christophe, tu es prêt à te faire (encore) une nouvelle brochette d’ennemis?
Go.
Déjà, qualifier de «compositeur» tout court ce commetteur de suite de poncifs mélodiques au rythme totalement amorphe et au cheminement harmonique désespérant frise l’injure envers les amoureux des notes et du rythme qui s’escagassent à agencer tout ça de manière à la fois originale et dispensatrice d’émotion vraie et profonde.
En lieu et place de formules tellement attendues qu’on a l’impression d’avoir entendu toutes ses chansons en n’en ayant entendu qu’une.
Et mille chansons de Michel Legrand, même si ce n’en est qu’une, c’est très, très, très  déprimant.

(Musique «les moulins de mon coeur», puis: « nous sommes deux sœurs jumelles».)

Ce faux talent que l’on me prête
Dès que je ponds un morceau,
Et dieu sait, j’en chie à la pelle,
Comme les conneries chez Morano,
Mon compte en banque est plein de thunes
C’est pas demain qu’je s’rai à poil,
Et même si ça vous casse les burnes,
Sachez que je m’en branle pas mal,
Les noires, les blanches et les rondes,
C’est juste bon à faire du beurre,
Et même si ça fait chier du monde,
Y’a assez d’sourds pour mon bonheur,
Si vitesse égalait pognon
J’écrirais à trois-cents à l’heure !!!

J’écris à la truelle
Des chansons pour débiles mentaux
Ca fait qu’mon escarcelle
Est plus gonflée qu’Demis Roussos,
Des pépettes à la pelle,
Quatre-cent mille dollars le mot,
J’écris à la truelle
Et je suis le roi du pathos.

Amie lectrice, tu trouveras mes propos outranciers, certainement.
Et il y a sûrement d’autres cibles plus méritantes en ce moment?
Bon, d’accord.
Ibrahim Maalouf?
Un 7/9 d’inter du vendredi pour lui tout seul.
Avec la phrase suivante de de présentation de Patrick Cohen, attention, accroche-toi à l’embouchure:
«depuis Miles Davis, aucun musicien de jazz n’avait rempli Bercy».
Réussir à dire autant de conneries en une seule phrase tient du Guinness.
Miles Davis n’a jamais joué à Bercy. Pas comme seul artiste, en tous cas.
A la Villette, oui.
Ibrahim Maalouf est-il un musicien de jazz?
Poser la question, c’est y répondre, comme disait Count Basie; (si vous me demandez ce qu’est le swing, c’est que vous en êtes dépourvu).
Et puis, comparer Miles et Maalouf … Pourquoi pas Itzhak Perlmann et André Rieu, tant qu’on y est?
Oh, puis merde, tiens, j’en ai marre de m’engueuler avec tout le monde.
Je terminerai en citant Desproges: «vous écoutez ce que vous voulez, du moment où ce n’est pas sur ma platine».

par Christophe Sibille

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