Mourir pour des idées ?
Par Thierry Rocher , le 4 novembre 2014

Thierry ROCHER renvoie la censure

A l’occasion de la mort de Rémi Fraisse, et comme toujours quand le respect de la vie est bafoué, il y a un sentiment de colère, d’impuissance et d’incompréhension décuplé par l’envie de gerber à l’écoute de la récupération de tous poils des politiques mouches à merde. A l’idée du vide que doit laisser le départ de ce jeune homme dans le cœur de ses proches, je pense inévitablement à la chanson de Brassens « Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente, d’accord  mais de mort lente. » Qu’un combat écologique à Sivens, à Notre-Dame des Landes ou ailleurs dégénère en violences, ça me désole. Que des militants (qui n’en sont pas tous d’ailleurs !) génèrent du combat avec la même connerie que les forces de l’ordre en face me laisse, comment dire, pantois !

Les causes justes sont dénaturées par l’erreur de méthode. Rien ne vaut la vie et ce n’est pas le vide de celle de certains en action qui doit justifier les exactions d’un autre âge. Le lâcher de cons, c’est à dire les casseurs de Rennes, Nantes ou Toulouse n’a rien à envier avec la vigueur intellectuelle des forces de l’ordre, à moins bien sûr que ces casseurs méthodiques n’agissent que parce qu’ils sont commandités par des groupes ayant intérêt à voir la situation dégénérer. Il faut reconnaître que descendre des abribus et des vitrines, ça fait bien avancer le schmilblick. Le barrage de Sivens est certainement un projet disproportionné, portant atteinte à l’équilibre écologique du site et porte-drapeau d’une agriculture intensive comme toujours soutenue par la FNSEA. Et même si le projet a suivi un processus démocratique avec vote et approbation des élus, je veux bien qu’on se sente floué quand on vit sur place. Mais la grande question reste la méthode.

La non-violence est une arme qui n’est plus tellement à la mode aujourd’hui. Les repères de ma jeunesse, tels Lanza Del Vasto ou Gandhi, sans parler d’antimilitaristes comme Henri Decoin ne doivent plus avoir beaucoup d’échos. Tout comme, j’étais énervé avant l’été par les grèves SNCF de gens qui défendaient soit-disant le service public en piétinant le populo sans pourfendre les décideurs mais en arborant un corporatisme poussiéreux, je me rends compte que,  dans d’autres domaines, l’absence d’imagination dans l’action  reste une valeur sûre. D’abord,  je ne sais pas si c’est le chichon ou la bibine qui ralentit la réactivité, mais quand une décision politique est prise, on  n’attend pas des mois pour se bouger ! Et sans vouloir faire de mauvais esprit, ce n’est pas mon genre, mais quand on a le temps d’occuper le terrain en délaissant toute activité professionnelle quotidienne et prenante, on doit avoir la possibilité de trouver la façon de s’opposer réellement novatrice. Et on ne m’enlèvera pas de la tête que si la connerie dans le comportement se retrouve dans les deux camps, entre ceux qui sont armés artisanalement et ceux qui le sont avec nos impôts, le respect de la vie ne doit pas subir de restrictions. C’est comme ça ! Ou alors on tombe dans l’écueil de ceux qui sont contre la peine de mort sauf si ça concerne….

Et ce n’est pas être bisounours que de regarder l’être humain pour ce qu’il est, à savoir un être en vie, tant qu’il n’est pas mort. Enfin pour la plus grande partie d’entre eux, restons optimistes ! Et pour ceux dont le nombre de mots de vocabulaire est à peu près celui d’une bouteille d’acide, le conformisme de la violence restera d’actualité encore longtemps.

Par Thierry Rocher

Mon actualité : toujours sur scène à Paris  (presque tous les soirs) au Grenier et au Don Camilo.
Prochaine Revue de Presse de Paris Première : lundi 10 novembre en direct du Théâtre Daunou.
Et toujours en librairie : « Abécédaire à l’usage des militants politiques et de leurs enfants » Editions PHR (illustrations de Babouse et préface de Bernard Mabille) (ou sur le site www.humouretchanson.fr). Deux dvd également disponibles.

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