Nabilla ou the show must go OFF
Par Anthony Casanova , le 11 novembre 2014

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

Quand on voit le parcours de la jeune Nabilla, on se dit que l’on a les légendes et les contes de fées que l’on peut. Après Charles Perrault, les frères Grimm, et Andersen, notre époque a pour conteurs TF1 et NRJ12. Une jeune fille de 20 ans se retrouve la Cendrillon de la télévision, et par la « magie » d’une phrase, « allo », qui était à la mode dans les années 80, la voilà propulsée « phénomène » de foire ou de société, c’est selon votre niveau de misanthropie. Les médias adorant se nourrir du vide qu’ils créent, la star se retrouva partout… des magazines « spécialisés » dans la photo faussement volée ou le racolage intensif à Canal + ou Libé en passant même par Charlie Hebdo.

Nabilla reste la vedette du néant télévisuel. Ca ne veut pas dire que cette jeune femme est du néant, mais que les émissions qui l’utilisent essayent d’en tirer le plus de vide possible. Un exemple en particulier, mais non des moindres, la participation de la jeune femme à l’émission du 02 juin 2013 de Maïtena Biraben où l’animatrice se glosa que Nabilla ne comprenne pas les jeux de mots de Stéphane de Groodt. Ce jour-là, j’eus un point commun avec Nabilla, moi non plus je n’ai pas décroché un rictus aux « pets de l’esprit » de l’humoriste disant que pour le roi de la Belgique c’est « plus belge la vie ». Mais Nabilla est Nabilla, alors tout est bon pour l’humilier, la rendre plus conne qu’elle ne l’est. Vous comprenez c’est tellement bon les petites lapidations cathodiques. Alors là, avec l’entrée de Nabilla dans les faits divers, les journaux « sérieux » qui ne parlaient d’elle que du bout de la plume histoire d’aguicher le chaland se lâchent complétement ! L’Express, Le Point, Le Figaro… sont ravis de rentrer dans la chasse gardée des Closer et Voici pour enfin faire les gros titres avec Nabilla.

La « télé réalité » n’existe pas. Ce sont les cameras de M6 ou de TF1 qui savent faire monter le stress pour atteindre le doux moment des larmes. Dans ces moments à « buzz » tout n’est que montage. Et par définition, le montage ne peut faire partie de la réalité. Dès que vous êtes filmés, vous n’êtes plus dans le cadre de la réalité mais dans celui de la mise en scène de la réalité. Le seul évènement télévisuel se rapprochant peut-être le plus de la réalité est le sport. Un match de foot, de rugby… sont dans le réel puisque ni le spectateur, ni les producteurs ne savent (normalement) la fin du scénario. Mais la mise en scène existe à travers les règles… donc la réalité n’y est pas complète. Un autre problème de la « télé poubelle », c’est le dédain de l’émission pour ses « personnages ». Les émotions humaines ne sont qu’un jeu ; les drames, les larmes, les situations ne sont qu’un prétexte pour faire un zoom cynique sur la misère, et les drames humains des « petites gens ».

Que l’on pense que sa propre vie est un jeu, me convient. Mais la démarche n’est pas la même lorsque la vie humaine est dépouillée de son intime pour être déballée sans vergogne à la face des Dupont qui bouffent devant le petit écran. Le respect de la vie privée est la frontière fondamentale qui sépare les sociétés totalitaires des sociétés libérales.

Il faut nous rendre à l’évidence, l’avouer, l’accepter et réfléchir aux solutions le plus vite possible : le téléviseur est le premier instituteur de France. Si l’ORTF était, sur la même ligne que le gouvernement, de « droite » par son conservatisme, M6 et TF1 ne jouent pas la carte de l’UMP mais celle de l’extrême droite. Vous pensez que j’exagère ? Dans ce cas, dites-moi à quelle idéologie, selon vous, s’apparente un programme qui n’éprouve plus de considération pour l’être humain au point de faire d’un découvert, d’une saisie d’huissier, d’une vie de misère, un divertissement familial du dimanche après-midi ?

Nabilla existe grâce à la médiocrité des médias, et, la boucle est bouclée, c’est cette même médiocrité qui l’enterre en faisant fi de la décence, de la pudeur, de la déontologie, de l’empathie… et accessoirement de la présomption d’innocence.

par Anthony Casanova

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