Ne pas confondre la grippe et le choléra
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Il serait temps d’en finir avec l’hypocondrie de l’isoloir qui consiste à ne voter que pour le messie ou l’émanation de toutes nos aspirations. Entendez-le: On ne vote pas pour un chef mais pour un interlocuteur. Certes l’idée du «moins pire» ou du «vote utile» ne fait pas saliver le petit soldat rêvant de celui qui l’enverra mourir au combat mais la démocratie est le lieu où nous avons la possibilité de confronter nos convictions pour aboutir à des compromissions. Faire un compromis ce n’est pas se résigner mais accepter le principe démocratique.

Bien sûr, on peut souvent en conclure que les gens, dans leur grande majorité, sont des cons mais, rassurons-nous, nous pensons tous ça! Tout le monde pense que tout le monde est un con… même les plus cons. Alors, une fois la crise de misanthropie passée, on se calme et on réfléchit à comment faire avec. D’autant plus que ceux qui ont tendance à vouloir faire «sans» sont les premiers à dresser les échafauds.

Maintenant que la séquence des primaires est passée, que droite et gauche ont intronisé leur champion, il va falloir choisir. Les élections tiennent plus de l’élagage que du marivaudage. Ainsi, à la primaire de droite, j’ai donné 2 euros pour voter Nathalie Kosciusko-Morizet puis Alain Juppé parce qu’ils me semblaient tour à tour moins réactionnaires que leurs concurrents. En suite, j’ai donné 2 euros au profit de Manuel Valls car ses positions sur la laïcité et le combat contre le fondamentalisme me paraissent essentiels. Résultat: quand viendra le temps de voter «gratuitement», j’irai le faire pour Benoît Hamon.

Si je me refuse catégoriquement à vivre sous le règne de la famille Le Pen, je n’ai pas non plus envie de laisser arriver la société que nous promet François Fillon. Évidement, je connais les arguments aussi purs qu’hygiéniques de ceux qui ne veulent, jamais au grand jamais, se salir les mains dans les urnes sans que cela ne les dérange de laisser arriver une merde au pouvoir. Mais qu’on y participe ou non, il y aura un nouveau locataire à l’Élysée. A nous de le choisir non pas grâce à ses «incroyables qualités» mais parce qu’il n’a pas les défauts des autres.

S’il y avait une logique politique à voir les candidatures de Mélenchon et de Valls, ce n’est plus le cas avec la victoire d’Hamon. Tous les soutiens de Mélenchon le sentent et le comprennent. Alors, si son attitude diluvienne perdure, il sera le grand responsable du choix minable que nous aurons à faire au second tour de la présidentielle. Car oui, c’est minable d’agir -quand on est de gauche- comme s’il était acceptable de voir l’extrême droite en finale. Avec Hamon, Mélenchon voit arriver ce qu’il a toujours souhaité lorsqu’il était élu du Parti Socialiste. Espérons que sa mégalomanie n’empêche pas ses idées d’avoir une chance d’aboutir sous prétexte que ce n’est pas sa tête qui sera sur la gondole.

Quant à ceux qui, déçus par la défaite de Valls, songent à fricoter avec Macron… les bras m’en tombent! Comment peut-on ne serait-ce qu’imaginer soutenir dès le départ un type dont le seul «fait d’armes» est d’avoir servi de banquier pour Rothschild? Un homme qui n’a rien trouvé de mieux que de servir la soupe à Philippe de Villiers avant d’aller déposer sa gerbe pour Giscard et Mitterrand. Je parie qu’ils sont de la même engeance de ceux qui trouvaient  «providentiel» Jean Lecanuet et «brillant» Bernard Tapie.

Question de programme, je préfère me casser la gueule avec celui d’une gauche qui essaye que de moisir avec celui de la droite qui exulte.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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