Ne plus parler de Charlie
Par Anthony Casanova , le 16 juin 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse

J’aurais pu cette semaine parler du retour de Sarkozy, du procès de ce tonneau de pisse de DSK, d’un joli tsunami ravageant un pays où je ne mettrai jamais un pied, mille sujets auraient pu servir mon « indignation » hebdomadaire mais depuis le 7 janvier, je ne sais plus me complaire dans la colère d’apparat, n’est pas Olivier Besancenot qui veut. Alors vous me direz, avec raison, qu’une vingtaine de morts c’est anecdotique en comparaison de la misère du monde, des pauvres que l’on appauvrit, des expulsés que l’on expulse, et de la tristesse qui fait chialer dans les chaumières… mais ce n’est pas demain la veille que je résonnerai en apothicaire.

Je ne peux le dire autrement : Charlie m’obsède au point qu’outre manger un kilo de pruneaux rien ne fait plus chier que d’entendre dire du mal de Charlie Hebdo. je ne le supporte plus, je ne l’accepte pas, et je ne peux m’empêcher de rameuter Rossinante pour m’en aller dégueuler je ne sais quel crétin faisant la pluie et le crachin dans les médias sur le dos de Charlie. Entendons-nous bien, je ne demande pas à ce qu’on « aime » de façon inoxydable Charlie, mais qu’on les soutienne sans « oui mais », sans nuance, sans l’obscénité d’un Todd, sans la lâcheté d’un Plantu, sans la connerie crasse du Parti des Indigènes de la République. Tant qu’ils ouvrent leur gueule je ne peux me résoudre à changer de sujet, car l’envie de leur rentrer dans le lard me brûle trop les nerfs pour y résister.

Je n’avais pas envie de pleurer pour Charb et les autres, j’avais envie que le jour de leur mort – eux très vieux et moi non plus depuis que j’ai pris la décision, il y a quelques années, de faire la pige au temps en ne vieillissant plus – eh bien, j’avais simplement envie qu’à l’annonce de leur décès je salue leur existence dans l’indifférence générale comme je le fis pour Michel Polac ou François Cavanna. Je me voyais déjà écrire un truc « sympa » pour dire à quel point ils avaient du talent et qu’il est désarmant de voir ces gens « partir » sans que ça ne trouble personne. j’aurais bu un verre à leur santé comme je peux le faire pour ceux que j’aime et que vous ne connaissez pas, et c’est tout. Trois petites chroniques et puis s’en vont, et on passe à autre chose.

A l’instar de Brel qui tout en sachant l’horreur des guerres d’Irlande ne supportait pas de voir un ami pleurer, eh bien je suis conscient qu’il y a au moment où j’écris ces lignes un enfant qui chouine quelque part dans le monde, qu’il y a des famines, des viols, des meurtres qui donnent au monde ce parfum de fumier, mais voilà je suis dans l’incapacité de m’attarder sur un autre chose que Charlie Hebdo. Oh j’aurais aimé avoir assez de flux lacrymal pour arroser n’importe quel drame de mon intérêt mais ce n’est pas le cas. Parce que là l’ami il ne pleure pas, il s’est fait trouer la peau.

par Anthony Casanova

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