Un Nobel chez vos disquaires
Par Anthony Casanova , le 18 octobre 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par BabouseLe prix Nobel, du nom de l’inventeur de la dynamite, est décerné chaque année depuis 1901 à des physiciens, chimistes, médecins… mais aussi plus subjectivement à des écrivains et des personnes œuvrant pour la paix.

Dans la cuvée 2016 c’est Bob Dylan qui a reçu les honneurs du jury scandinave. Mais qu’à bien pu produire Bob Dylan pour recevoir le Nobel de littérature? Eh bien, c’est dernier temps, rien si ce n’est un énième album de reprises de chansons du milieu du siècle dernier. Certes, le Nobel de littérature récompense généralement un auteur pour l’influence qu’il a eu sur ses contemporains et les répercussions de son œuvre… mais était-ce vraiment le bon moment?

Si l’on pouvait comprendre les intentions du jury lorsqu’il décerna ce même prix à Albert Camus ou Alexandre Soljenitsyne, on se dit qu’avec Dylan il y a un couac. Car Dylan est un auteur emblématique des années 60 dont le dernier disque marquant est sorti il y a 40 ans. Le malaise n’a rien à voir avec l’absence ou non d’une portée littéraire dans la chanson, c’est surtout un problème de temporalité.

On veut bien admettre que le Nobel a, hormis Sartre, totalement snobé toute l’émulation des années 50-60 et de son apogée en 68 mais ce n’est pas parce que Kerouac est mort, et qu’il ne reste plus grand monde chez les icônes de cette époque-là, qu’il fallait sortir Dylan du chapeau! Ou alors, il fallait le faire il y a 40 ans! Bien qu’ayant horreur des dictons et autres «sagesses populaires», je dirai que c’est sans doute dommage mais qu’après l’heure eh bien tu es carrément à la bourre!

Alors que nous vivons une période où des attentats meublent notre quotidien, où l’homosexualité est pénalisée d’une peine de prison à la peine de mort dans 72 pays… il y avait peut-être d’autres combats à mettre en avant que ceux de Dylan qui a fini dame pipi au Vatican. Honorer Salman Rushdie pour son combat contre le fondamentalisme ou encore Armistead Maupin pour celui en faveur des droits LGBT, oui! Là, il y aurait eu un discours, une vision… et ce prix n’aurait pas simplement servi à décorer l’étagère du vieux Bob.

Un Nobel aussi «libre» que celui décerné aux écrivains devrait dire un peu plus que «la folk c’est quand même plus cool que les merdes qu’on écoute aujourd’hui.» Si je dis que ce Nobel est libre dans cette catégorie, c’est qu’il ne viendrait à l’idée de personne de remettre, en 2016, celui de la médecine à Louis Pasteur parce que, bon, le renouvellement cellulaire c’est sympa mais ce n’est rien en comparaison du type qui a soigné la rage!

Un prix aussi pompeux que le Nobel de littérature devrait célébrer l’innovation, la pertinence, voire les «avant-gardistes», ceux qui résistent, ceux censés nous montrer un horizon intellectuel… mais les faiseurs d’immortels n’ont rien trouvé de moins absurde que de célébrer la nostalgie, le passé, pour nous dire que ce qu’on fait de mieux aujourd’hui c’est ce qu’on faisait hier.

Au final, quelle tristesse pour ce pauvre Bob Dylan qui s’égosillait à dire que les temps devaient changer. Lui, le symbole de ceux qui chantaient naguère «l’imagination au pouvoir» et qui termine sur un trône en tant que symbole d’un souvenir.

par Anthony Casanova

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