Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour
Par Anthony Casanova , le 9 avril 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

 

Chers lecteurs avides de sarcasmes sur l’actualité, de persiflages intempestifs sur les grands de ce monde, passez votre chemin. Mes inestimables confrères feront ça très bien. Cette semaine ma chronique ne s’adresse à personne ou, pour dire vrai, à une personne qui ne peut plus la lire. Aujourd’hui, c’est au décès de deux hautes personnalités que vont mes pensées. Margaret Thatcher et Denis Zavarise. La première était une farouche opposante aux avancées sociales, une connasse reconnue et, accessoirement, la Dame de fer du Royaume Uni. Le second était un farouche défenseur des animaux, un musicien reconnu, le co-fondateur de ce journal et, accessoirement, mon ami.

La première, à l’annonce de sa mort ce matin, reçue les « profondes tristesses » des « grands » de ce monde. Le second, à l’annonce de sa mort il y a tout juste 3 ans, fit penser, à tous ceux qui l’aimaient, que l’Humanité venait de perdre l’un de ses meilleurs représentants. Mais, l’une des grandes différences entre Miss Maggie et Denis, outre que le Royaume Uni trouva un autre trou du cul à mettre sur son trône, et que Denis reste irremplaçable, est simple : l’une fut si imbue de sa tête de nœud pour désirer diriger son peuple, tandis que l’autre, notre Denis, s’imaginait si transparent qu’il a cru, le con, qu’il ne manquerait pas.

Ah Denis, mon salaud, que tu me manques. Si tu savais tout ce que tu as raté, tu en boufferais tes spaghetti bolognaise de travers ! On aurait dû en avoir des sujets de discussion accompagnés des vins les plus fins. Toutes ces choses qui nous passionnent, et qui finissent par nous paraître dérisoires le jour où l’on se retrouve face à cette seule certitude que tout a une fin.

Dans « L’an 01 » de Gébé, il y a ce passage où un homme, regardant sa femme et son gosse à la plage, prend conscience qu’il est heureux. Mais ce constat l’angoisse tant qu’il se sent obligé « d’immortaliser » son bonheur par une photo. Une photo qui, finalement, lui rappellera « à vie » que le bonheur est éphémère, et que les souvenirs servent le plus souvent de nid à la mélancolie qu’à la joie.
Nous qui faisons « profession » de rire de tout et de n’importe qui, en rêvant notre propre utopie où chacun serait heureux sans emmerder son voisin… ou, pour être sincère, JE serai heureux sans que personne vienne me marcher sur la bite, ne craignons-nous pas qu’une chose : celle de voir la mort d’une personne qu’on aime ? Ce qui nous donnerait l’envie de mettre nos zygomatiques au chômage.

Car, soyons sérieux, si tout le monde était réellement conscient qu’un jour ce sera la fin, passerions-nous vraiment le temps comme nous le faisons ? Comme cet employé de bureau triste à bouffer de l’ennui qui n’a de cesse que 18 heures sonnent pour essayer de vivre un peu, et qui chaque matin songe au week-end où il essayera enfin de dormir… mais, trahi par son rythme de vie, il se réveillera machinalement à la même minute que le reste de la semaine.

Oh mon vieux, aurions-nous vraiment le cœur à gagner notre vie en perdant notre temps, si nous savions à quel point la vie est courte ? Bien sûr, les gens raisonnables nous polluerons les oreilles d’un : « vous n’y pensez pas! », « il faut travailler plus pour gagner plus », « que va devenir le Parti Communiste s’il n’y a plus de travailleurs ? » Connaissant d’avance les arguments des empêcheurs de se la couler douce, nous avions pris le parti de vivre peinard. Quel intérêt de dire aux braves gens qui empruntent le droit chemin qu’il en existe d’autres, si c’est pour se faire sermonner qu’à côté du chemin ce n’est pas un chemin. On ne faisait la leçon à personne, et nous étions satisfaits de la réciproque.

Nous vivions ainsi, entre amis. Nous nous imaginions tous les uns plus brillants que les autres, et nous nous enorgueillissions de chanter pour des prunes en tendant la patte aux chats perdus, dès l’instant où nous savions avoir réunis à une même table le seul auditoire qui nous importait. Nous voyant ainsi ne vivre que de Bohème, personne ne pensait que nous réussirions dans « le métier ». Et nous, par amour de l’absurde, nous avons fait en sorte que « personne » ait raison. Tout était limpide : le sablier n’aurait pu trouver nos rides, nous étions trop jeunes pour devenir vieux. Mais voilà, le temps nous rattrape tout le temps, et nous en sommes, comme les quidams, à regarder les vielles photos pour tenter de sourire sur ce qui finalement nous fiche le bourdon.

Gébé concluait son dessin du photographe du dimanche en écrivant : « la technique est toujours présente pour porter remède à nos plus folles paniques comme à nos plus légères angoisses ». Or, il y a une chose que la photographie ne « capture » jamais, et qui n’existe que dans la mémoire des « immortels » sur papier glacé… ce sont les rires et le bonheur dans les yeux de cet ami qui tenait l’objectif, et qui aujourd’hui manque cruellement sur la photo.

 

par Anthony Casanova

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