Offensive dans un ascenseur
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

De nos jours les relations amoureuses sont compliquées, et ça commence dès les premières phases cruciales de la rencontre. Il fût un temps où, pour séduire, il suffisait de dire « j’ai l’honneur de vous demander la main de votre fille », avec un bouquet de pétunias et un costume de pingouin mais aujourd’hui, comme les femmes ont le droit de donner leur avis, c’est devenu beaucoup plus complexe que ça. Même en discutant avant, en essayant de se montrer intéressant et intéressé ou en payant les mojito, elles peuvent quand même dire « non » à la fin. De fait, les hommes ne savent plus comment faire ; désemparés, la vaisselle qui s’entasse dans l’évier et les viers qui s’encrassent dans les boxers, ils n’ont pas d’autre choix que de trouver le bon moyen pour séduire les femmes, allant parfois jusqu’à tenter des approches originales, pour ne pas dire loufoques.

C’est ainsi que le mardi 24 janvier, un jeune homme de 19 ans, qui vit à Créteil sûrement pas pour la météo locale, a tenté une audacieuse manœuvre pour conquérir l’élue de son cœur, une sculpturale quadragénaire rencontrée le jour-même. Après avoir longtemps arpenté les forums de coaching en séduction qui expliquent notamment qu’un « merci, mais non merci » peut se transformer en « oh oui, prends-moi par là, José » à force de persistance insistante, notre jeune homme décida de passer à l’attaque dans un ascenseur, ce qui laisse supposer qu’il est également fan de Calogéro.

D’une voix chevrotante de castrat gêné, il signala qu’il allait au même étage que la femme et se posta devant les portes pour l’empêcher de s’enfuir, le cas échéant. Finalement, il se tourna vers elle et, le nœud à la gorge et la goutte aux tempes, il fit sa déclaration ; une déclaration plutôt explicite puisqu’il tomba son pantalon aux chevilles et commença à se masser la veine bleue d’un air fripon. Bien que de nos jours le sexe serve de plus en plus à briser à glace, on peut raisonnablement penser que cette technique d’approche est un peu trop franche du collier et fait tâche, et pas seulement sur la moquette.

Même si se masturber devant est moins invasif que se masturber dedans, la femme trouva en effet que cette histoire allait un peu trop vite à son goût et cria au viol pour rameuter du monde. Cela marcha mieux que dans le métro puisqu’une passante répondit aux cris et aida son acolyte féminin à s’extirper de l’ascenseur, à une distance raisonnable du masturbateur compulsif pour éviter toute projection indésirable sur son jean troué flambant neuf. La sauveuse retint même ses deux fils, deux robustes gaillards qui semblaient pourtant décidés à arranger les prémolaires du jeune homme pour s’occuper les articulations en attendant l’arrivée de la police.

Le jeune homme fût donc logiquement placé en garde à vue. Les flics constatèrent que la victime ne portait pas de jupe ni de décolleté, ce qui posa problème pour expliquer l’agression, dans un premier temps. Ils questionnèrent l’agresseur qui se justifia en rétorquant que c’était « la femme de sa vie ». Aux grands maux les grands remèdes. En dépit de ce romantisme étonnant, ils en conclurent malgré tout que c’était lui le responsable.

On ne sait pas comment finit l’histoire de ce couple atypique et virevoltant, sûrement mal vu la différence d’âge entre les deux tourtereaux, mais on peut tout à fait s’imaginer que la technique d’approche du jeune homme est inefficace dans et en dehors des ascenseurs, et qu’elle ne risque pas de devenir très populaire auprès des célibataires en recherche. Personne n’a envie de voir débarquer les flics quand on déclare sa flamme.

(l’info à la source sur le site leparisien.fr du 24/01/17)

Par Romain Rouanet

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