On ne vote FN que par xénophobie
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Bien qu’ils ne prédisent pas l’avenir en ne reflétant sans doute que la versatilité de l’opinion, les sondages ne sont pas à prendre à la légère. Alors que tout le monde s’accorde à dire que Marine Le Pen sera présente au second tour des présidentielles, les sondages exprimant l’opinion qu’ont les Français de la candidate de l’extrême droite sont assez révélateurs: Si 61% des personnes interrogées la trouvent «inquiétante», ils ne sont que 14% à la trouver «honnête».
Ces sondages sont à mettre en corrélation avec ceux la décrivant comme incapable de réduire les inégalités sociales, le chômage, la dette de l’État… et à celui révélant que nous sommes 81% à penser qu’elle ne «connait pas la vie quotidienne et les préoccupations des Français».

Pour résumer, alors qu’elle semble incompétente aux yeux de tous pour résoudre ce qui est essentiel pour le pays, elle sera quand même en finale des élections. Le malaise vient de là, et, si nous voulons combattre le vote FN, il faudra prendre en compte ce constat: les Français plébiscitant l’extrême droite votent pour leur peur et non avec leur raison. Une peur liée essentiellement à la xénophobie.

Bien sûr on nous rappellera que, selon le JDD, Omar Sy est la «personnalité préférée des Français», et que Noah et Zidane sont toujours en bonne position mais ce serait oublier que ces trois types sont célèbres avant d’être noirs, arabes, ou métisses. Le raciste lambda aime bien «Zizou» (c’est vous dire s’il est con) mais ne supporte pas «les arabes» près de chez lui. Son problème ce n’est pas la «star» mais les anonymes.

Il va donc falloir ouvrir les yeux pour que les démocrates acceptent ce racisme ambiant, cette haine de l’autre, plutôt que de jouer les naïfs en voyant dans le bulletin FN un «vote contestataire». Nul contestation là-dessous! Les électeurs, sympathisants, militants du FN ne sont pas de petites «brebis égarées» ou de pauvres citoyens charmés par les vociférations d’une grosse sirène aryenne, non, ce ne sont que des gens s’imaginant que la pigmentation de la peau ou le lieu de naissance de nos parents sépare le bon grain de l’ivraie. C’est effarant, mais c’est comme ça.

Brandir les penseurs et autres philosophes qui ont démontré l’aberration du racisme, notamment Claude Lévi-Strauss dans «Race et Histoire» est inutile. Le racisme c’est comme la crasse, ça ne s’enlève pas facilement. C’est pourquoi il faut calmement se décider à ne plus euphémiser le cheminement qui conduit à voter pour le Front National mais l’intégrer dans l’équation pour s’en débarrasser.

Nous devons démontrer que le racisme ne doit pas être un argument de vote. Que le racisme doit être encore plus privé qu’un numéro de carte bleue. Que la peur ou la haine de «l’autre» ne peut être un horizon collectif tout simplement parce que le racisme n’est pas une solution politique mais une pathologie instinctive.

On ne peut pas empêcher les gens d’être racistes, alors cessons de nous esquinter dans cette voie, en expliquant qu’être raciste «c’est pas sympa», «qu’il y a des méchants partout»… nous brassons de l’air pour rien! Si l’on veut que le FN cesse de monter, il faut crever froidement l’abcès, en expliquant que malgré l’allergie «provoquée» par les étrangers pour certains, nous ne pourrons jamais économiquement et intellectuellement nous passer de l’immigration. Qu’il faut l’accepter, s’y faire, ce qui ne nous empêchera pas de lutter contre le fondamentalisme et l’insécurité peu importe l’origine de celle-ci.

Le racisme c’est comme avoir peur de l’obscurité… c’est con, ça se raisonne pas, mais il ne viendrait à personne l’idée de voter pour une ampoule électrique, non? Ou, pour faire une métaphore plus en phase avec l’extrême droite, ce n’est pas parce qu’on pue de la gueule qu’il faut absolument voter pour une pompe à merde.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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