On en parle dans les médias
Par Christophe Sibille , le 5 juin 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Bon, c’est sympa, petit bonhomme (en amiral, pas en mousse) d’en haut. Et, j’imagine, very funny pour toi, de nous fournir autant de raisons de nous indigner. Ca t’entretient vraisemblablement la forme, mais, pour l’handicapé du mental que je suis, ça commence à devenir légèrement usant. En tous cas, si tu existes, fais-moi un gros chèque … Euh, mince, mon clavier a fourché. En fait, je suis totalement désintéressé. Si tu existes, disais-je avant d’avoir été interrompu par mon inconscient, tu es doté d’un humour d’un degré d’un chiffre tellement élevé qu’à côté, le taux d’alcool contenu structurellement dans le sang de Gérard Depardieu ferait avantageusement concurrence à un flacon d’eau distillée !

O ma chère lectrice, je m’en vais néanmoins tenter de refaire un «flash-back» des couenneries les plus roboratives, mais aussi des plus futiles, qu’a pu nous concocter l’espace communicationnel ces derniers temps.

Mamadou Gassama, pour commencer. Rarement vu un tel déferlement de tweets complotistes. «Ouais, un bébé qui se promène sur le balcon du quatrième otage, étage, pardon, ça me fait ça, le lapsus pavlovien. (Oui, dès qu’on parle d’un homme un peu moins rose que nous et musulman, c’est forcément un terroriste.) Et paf, au même moment, passe dans la rue le seul mec dans paris capable d’escalader à mains nues tous ces étages de balcons par l’extérieur.  A part Sylvain Tesson, évidemment, mais lui, il s’en branle, il a pas besoin, il est déjà français. Et il est noir. Mais non, pas Sylvain Tesson, faut suivre. Et il est migrant. Non, réfugié, pardon. Et l’abruti, qui voit des complots partout, c’est entre autres à ça qu’on le reconnaît, d’achever ses propos par un péremptoire: «en plus, il y avait justement quelqu’un pour filmer.» Mais, pauvre crétin, tu peux m’en trouver, des endroits où il n’y a personne pour filmer ? S’il n’y a personne pour filmer, c’est qu’il n’y a personne ! C’est peut-être pour ça, qu’il n’y a aucune vidéo des concerts d’Arielle Dombasle sur internet.

Il y a eu dix, vingt, cent personnes, pour filmer ! Quel buzz ! Quel déferlement d’images sur les réseaux sociaux ! Un peu envahissant. Mais, par contre, pas trop de bruit. Que des images. Contrairement à d’autres, que je ne nommerai pas. Mais non, pas Arielle Dombasle ! Qu’est-ce qu’elle vient foutre là, d’abord ? En plus, je l’ai déjà nommée, c’est trop tard. Enfin, si, je vais quand-même le nommer, l’autre, sinon, ma chronique est finie.

«Trop souvent cantonné à une image d’artiste « bling-bling », Booba est surtout un redoutable poète. Dans un documentaire diffusé sur YouTube, Souheil Medaghri, (c’est l’intervieweuse sourde), démontre les spécificités d’une écriture bien plus travaillée et complexe qu’elle ne le laisse croire.» Diable, diable, aurais-je laissé filer une grande figure de la scène artistique sonore française sans m’en rendre compte ?

Et puis, quand je vois d’où ça sort, cet articulet, je respire. C’est vrai que, pour «les Inrocks», (oui, c’est eux), l’antisémite Mehdi Meklat qui «crachait des glaires sur la sale gueule de Charb et de Charlie-hebdo» est, je cite, «l’avant-garde d’une nouvelle génération venue de banlieue», et le meurtrier Bertrand Cantat un grand tendre qui n’avait en lui que l’intention de nous régaler sur scène avec son dernier album. Donc, comparer le  versificateur besogneux et pénible qu’est Booba à Baudelaire ou Rimbaud, de la part d’un magazine-boussole qui indique le sud, revêt une cohérence de bon aloi (du plus nul.)

O ma chère lectrice, je te sens sceptique, car tu ne peux pas imaginer qu’un magazine ayant pignon sur rue et, qui plus est, encensé par Pascale Clarke, Christiane Taubira et Laure Adler, puisse dire des conneries d’une puissance aussi apocalyptique. Tu n’as vraisemblablement pas écouté les perles de ce rappeur (de rien.) Aussi vais-je te lire un extrait d’une chanson de son dernier album, choisie absolument au hasard.

Je clique. «Booba, 2018.» Puis sur la première page. Merde, «bitdefender a bloqué cette page», j’ai un antivirus qui fait aussi critique littéraire et musical. Je re-clique sur la deuxième; cette fois, c’est la bonne … Enfin, si on veut, je cite :

« Fais comme ces demoiselles, elles savent c’qu’on attend d’elles
Couche-toi t’as l’bonjour du KTM brrr tiotou ndem
Fais comme ces demoiselles, elles savent c’qu’on attend d’elles
Couche-toi t’as l’bonjour du KTM brrr tiotou ndem
Izi

Le niquage de mère est journalier
Un seul coq’zer dans le poulailler
J’ai niqué leur go mais c’est normal j’ai tout payé
J’reste numéro uno comme ça on peut pas m’oublier

J’ai pris le jet, l’A7 est embouteillée
Ta carrière de chien ne vaut même pas mon mobilier
Ma voiture préférée, en vrai c’est la voiture bélier
J’ai niqué leur go mais c’est normal j’ai tout payé
Je peux reprendre ton flow, c’est papa qui t’l’a donné
Aussi rincé qu’tu sois, j’te passe sur OKLM TV
B2O Bogota, j’pèse 3 millions d’kilos d’C
Allah facilite, moi j’mets en difficulté
J’nique des mères à 40 piges fuck un accident d’jeunesse… »

Je m’arrête là !

Mais, cerise sur le matos pour ce pauvre demeuré linguistique, les bienheureux Verlaine et Rimbaud ne connaissaient pas encore les vertus miraculeuses de l’autotune !

par Christophe Sibille

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