Patrick!
Par Thierry Rocher , le 10 avril 2018

Thierry ROCHER renvoie la censure

Comme beaucoup de gens, je vais témoigner d’une amitié qui s’est installée dans le temps, depuis ce jour de 1990, où je le rencontrais pour la première fois dans un bar à côté du Théâtre Déjazet, l’époque du disque « Bientôt l’Europe ». Ce moment où il allait faire confiance au jeune éditeur que j’étais pour me fournir de quoi réaliser, avec quelques dessins de Cabu, le livre « J’exagère mais pas assez ».

L’annonce du vendredi 6 avril 2018 a quelque chose d’irréel car depuis un certain temps, on était toujours entre deux séjours parisiens, à la maison. Patrick avait besoin de retrouver les repères qu’il avait dans la capitale.

D’une certaine façon, j’ai eu deux vies avec Patrick: la première en tant qu’éditeur, avec le livre cité plus haut et « La clairières aux filles » aux Editions In Fine que j’avais créée et la seconde, en tant que partenaire sur scène depuis les premières apparitions au Théâtre du Lucernaire, en 2000, jusqu’au duo au Théâtre des Deux Ânes pendant deux saisons (en 2007 grâce à Jacques Mailhot), en passant par les pièces qui nous ont réunis: « Le candidat », « L’École de séduction », « Tempête sur l’Élysée », et les représentations ponctuelles de « Buffalo Bill », « Robin des Bois » ou « Le crépuscule des vieux » .

Patrick m’a fait chanter plein de chansons dans ses pièces puisqu’il ne les concevait pas vraiment sans. J’ai fait les efforts suffisants pour être à la hauteur de ses attentes sur ce terrain.

A vrai dire, dans les circonstances actuelles, je n’ai pas très envie de m’étendre sur tout ce qu’on a pu partager, à commencer par les repas et les différents breuvages qu’on a découvert ensemble, dans le XIIème ou le XVème arrondissement.

J’ai plus envie de lui donner la parole, pour rire de ces cabrioles de l’esprit comme nous faisions lorsque nous devions parler de l’actu ensemble, le soir, au Deux Ânes. Différentes escapades me viennent à l’esprit, bien sûr, comme les voyages en Corse, où le soleil donnait des couleurs au vin , et réciproquement. Je préfère maintenant suivre simplement le domaine de l’écrit.

Aujourd’hui, j’ai plus envie de rester sobre et de porter ses mots pour ce qu’ils sont, plutôt qu’être idolâtre car il n’aimait pas plus que moi ce type de comportement.

Alors Patrick, c’est à toi!

« Pourquoi j’ai été baptisé? Parce qu’on ne m’a pas demandé mon avis. »

« Il est facile de se moquer du physique des gens. C’est pour ça que je le fais. »

« Croire que l’on sait est plus nocif que savoir que l’on croit. »

« Il y a dans l’humour une mauvaise foi qui frise la vérité. »

« Ne dîtes pas: j’ai sauté sur l’occasion, mais: je suis tombé amoureux d’une femme mariée. »

« Le plus beau métier du monde? Sage-femme. On voit toujours de nouvelles têtes. »

« Beaucoup de gens qui n’ont rien à dire se rattrapent en écrivant. »

« Plus la foule a de têtes moins elle a de cervelle. »

Je reviendrai rendre hommage à Patrick. L’hommage doit être permanent. En général, l’hommage rendu à un artiste me donne trop souvent l’impression qu’il précède l’oubli.
Patrick est vivant. A force de le côtoyer, j’ai au moins compris ça !

Par Thierry Rocher

# [Les derniers articles de Thierry Rocher]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette