La peine de vie
Par Anthony Casanova , le 4 juin 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Si, bien avant la Lune, l’Homme affirma que sa plus belle conquête fut le cheval c’est sans doute parce qu’il pensait que les femmes étaient un dû. Certes, conquérir s’emploie aussi bien en temps de guerre qu’en temps de drague mais, au final, il n’y eut qu’à imposer un balai en bandoulière pour faire de celle à qui l’on attribua les tâches domestiques: Une domestique. Les religions qui savent si bien nous conter l’au-delà pour nous assujettir ici-bas l’ont d’ailleurs formulé sans aucun détour:

«le chef de tout homme c’est Dieu, le chef de la femme c’est l’homme (Paul, Épître aux Corinthiens)», «Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci (…) Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les (Coran 3:34)».

La haine millénaire envers les femmes laisse à penser que si elles n’avaient pas eu des ovules que l’homme puisse féconder, elles auraient disparu de la surface du globe depuis bien longtemps. Ce qui est précieux chez la femme, ce ne sont pas ses pensées, son corps, ses désirs ou son rire, non ce sont ses gamètes. La femme est faite pour enfanter, un point c’est tout. Sa vie importe peu du moment qu’elle a laissé à son connard un héritier. C’est pour cette raison -il n’y en a pas d’autre- que le droit à l’avortement est combattu avec autant d’acharnement. La femme ne pouvant décider de ce qui la regarde puisque c’est l’homme qui en a la garde.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a rien de contradictoire à entendre les «pro-vie», qui feraient tout pour «sauver» un embryon, être toujours les premiers à défendre la peine de mort car c’est justement une pulsion de mort qui les anime. La vie, la vraie, celle qui est de l’ordre de l’existence, du choix, de la liberté, ça les dégoûte. Eux, ce qu’ils veulent, à l’instar des parents de ce pauvre Vincent Lambert, c’est jouir de la souffrance des autres. La flagellation les soulage et ils feraient n’importe quoi pour faire du réel un enfer au nom d’un hypothétique Paradis.
D’ailleurs le pape, cette vielle mitre flasque qui ose comparer les médecins pratiquant l’IVG à des «tueurs à gage», est la caution morale de ceux qui essayèrent, en Argentine, d’empêcher la petite Lucia, 11 ans, violée par le mec de sa grand-mère, et dont la vie était en danger, d’avoir droit à une IVG. Lucia avait finalement subi une césarienne à cinq mois de grossesse. Oui, ça les fait vibrer, ces ordures, de dire à une fillette violée qu’elle compte moins que les spermatozoïdes de son violeur.

Mais ne pensons pas que la libre disposition de soi n’est remise en cause que dans des pays «exotiques». A Monaco ou au Luxembourg par exemple, une femme n’a le droit d’avorter que si elle fut violée. Dernièrement, certains États américains envisagent de condamner à 99 ans de prison les docteurs pratiquant l’IVG et à la peine de mort celles qui le subissent. L’Alabama -Neil Young n’est pas prêt d’avoir tort- à la palme de l’État le plus con des States puisqu’il n’autorisera l’avortement seulement si la femme enceinte risque de mourir. Il rejoint ainsi le Mexique, le Venezuela, le Brésil, le Paraguay, le Mali, le Soudan, l’Iran, l’Afghanistan, l’Irlande, Myanmar, l’Indonésie, le Bangladesh… une bien belle brochette, non?

Mais, sait-on jamais, la tentation d’interdire totalement l’avortement donnera peut-être l’envie à l’Alabama de rejoindre le club sélect des «bons vieux pays de merde» où l’avortement y est totalement interdit. Un club où siègent le Congo, le Gabon, la Guinée-Bissau, le Madagascar, la Mauritanie, Djibouti, le Sénégal, le Honduras, le Nicaragua, Haïti, la République Dominicaine, Le Laos, les îles Palaos, les Philippines et, en Europe, Malte et le Vatican.
Heureuses contrées où l’on préfèrera toujours une femme morte à une femme libre.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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