Petit précis d’inculture antisémite (2)
Par Naqdimon Weil , le 4 juin 2019

NAQDIMON fait son malin

Bon, ben après m’être essuyé les croquenots sur le dos des écolos, de la télé, de France Inter et de quelques autres, je reviens à un sujet qui m’est cher, si j’ose dire, à savoir l’antisémitisme. Dans la première partie de ce papier, je vous avais expliqué deux ou trois formes d’antisémitisme moderne en n’oubliant pas l’antisionisme et j’avais abordé l’antisionisme juif. Ce qui pose problème, forcément, vu qu’on ne peut pas être juif et antisémite, normalement.

Ben si.

Je m’explique. D’abord, comme je le disais précédemment, juif, c’est un peuple autant qu’une religion. Quand on quitte cette religion et qu’on ne veut plus être associé à ce peuple, la meilleure solution c’est de taper dessus à grands coups de batte, comme par exemple l’aimable Nicolas Donin de La Rochelle au Moyen Âge, qui une fois converti au christianisme, se révéla un sacré antisémite. Mais ça, c’est de l’antisémitisme religieux, une forme de jeu de concurrence, mon produit est meilleur que le tien, et si t’es pas d’accord, je te brûle, faut reconnaître, c’est efficace, mais pas tellement humaniste et surtout, cet antisémitisme, plutôt antijudaïsme, se résout avec la conversion, admettons. Donc, on peut mettre ça de côté.

Ensuite, il y a l’antisémitisme juif à la Proust, dans la Recherche. Mais là, il ne faut pas oublier que l’auteur est aussi un dreyfusard convaincu et militant et le peintre d’une classe sociale, dont il détricote les sentiments et les habitudes avec finesse. Quand Charlus tient des propos antisémites, ce n’est pas Proust qui s’exprime, c’est la bourgeoisie de son temps. En revanche, quand c’est Swann, qui lui est juif, qui profère de tels propos, c’est un antisémitisme de classe qui apparaît, il n’y a aucun caractère religieux là-dedans, juste une différence d’éducation et de fortune. Le Juif haïssable de ce milieu raffiné est le commerçant enrichi qui n’a pas les codes de l’élégance patricienne. C’est socialement navrant mais passons, ce n’est que ça.

Je vais rappeler une forme plus insidieuse d’antisémitisme juif, avec le refus des juifs de Bordeaux de voir ces péquenauds de juifs alsaciens  – mes ancêtres – accéder à la citoyenneté française lors de la Révolution, avec l’accueil dégueulasse, pour ne pas dire le rejet, des juifs polonais et russes fuyant le tsarisme ou le nazisme par les juifs «français» – toujours mes ancêtres, et merde… – puis plus tard des juifs séfarades rapatriés. Mais là, c’est simplement du racisme bête et con, ça arrive même dans les meilleurs milieux, surtout dans les meilleurs milieux, d’ailleurs.

Reste l’antisionisme juif, cet antisémitisme moderne très élégant à porter dans les salons parisiens. Antisémites, les Rony Brauman et autres membres de l’UJFP? Naaaan, certainement pas, pas le genre à crier «Mort aux juifs» dans la rue, d’ailleurs, ils revendiquent leur judaïsme fort et clair. Et pourtant, selon mon pas si humble avis, ils sont antisémites, au même titre que les ultrareligieux, mais pas pour les mêmes raisons. Car si les seconds dénient le droit des juifs laïques à se réclamer du peuple juif par orthodoxie catatonique, les premiers ont un problème de primat moral. En effet, possesseurs d’un message universel, héritiers d’une histoire victimaire, chantres d’un humanisme internationaliste, les voilà bien emmerdés face à Israël et au sionisme, car il s’agit d’une idéologie nationale non exempte de défauts et d’un pays non dépourvu de travers. Or, si on associe invariablement «judaïté» à Israël, on prive ces braves gens de leur primauté morale, de leur position d’arbitres des élégances politiques, car il est facile de rappeler qu’Israël n’est pas un pays plus moral ou moins différentialiste que les autres, qu’on y trouve des situations éthiquement discutables ou que l’occupation de la Judée-Samarie est contraire aux résolutions internationales – quoi que j’en pense – et donc, voilà nos maîtres es déontologie du Bien fort emmouscaillés. Aussi, rejettent-ils tout ce qui concerne Israël et le sionisme, quitte à se ridiculiser en soutenant un projet national palestinien mais en déniant un projet national juif, pour garder leurs places de gardiens de la morale…

C’est beau. Complètement con, mais très beau.

Moi, j’admire. Tout en ricanant bêtement.

par Naqdimon Weil

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