Petite bafouille à Pascal Nègre
Par Anthony Casanova , le 28 mai 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

Cher Pluie et beau temps du monde musical, mon petit Pascal, brave margoulin,

A l’annonce de la mort du chanteur Georges Moustaki par ses proches, dont tu ne m’en voudras pas de supposer que jamais tu n’en fis partie, tu rendis « hommage », en moins de 140 caractères, au bonhomme en ces mots :

« Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes, artiste et poète, qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP »

Cette phrase, que dis-je cette phrase, ce bouleversant témoignage de ta part mérite qu’on s’y attarde quelques secondes… en prenant bien soin de baisser la cuvette après avoir tiré la chasse.

Selon toi, Moustaki était « une des dernières légendes, artiste et poète ». En tant que big boss de l’industrie du disque, ne penses-tu pas que c’est un peu de la faute des gars de ton espèce s’il n’y a plus de « légende » dans la chanson ? Je ne te ferai pas l’affront de jouer avec les mots pour te faire remarquer qu’une légende ne peut disparaitre puisque, étymologiquement parlant, elle n’existe pas. Non, ce que tu as voulu dire, c’est que les fameux « grands » sont comme les poilus de la guerre 14 18, ils sont en voie de disparition. Mais alors, et c’est amusant, tu sous-entendrais ainsi que « c’était mieux avant », voire que c’est à désespérer de ne plus avoir que de la soupe à la radio ? Mais mon cher Pascal, à qui la faute ? Peut-être à celui qui ne produit que de la mélasse sensée divertir les esgourdes de la serpillère de moins de 20 piges, qui est, dans ton jargon, le pendant phonographique de la ménagère quadra… ce prototype de gourde qui sert de curseur pour justifier les choix « artistiques » des producteurs de ton acabit.

La vérité, c’est que si Brassens ou Moustaki avaient frappé à ta porte, tu les aurais envoyés se faire pendre ailleurs avec les cordes de leur guitare ! Ose dire le contraire ! La génération présente n’est pas médiocre, ce sont tes choix qui nous privent de « nouveaux » Béranger, Tachan, Patrick Font, etc. bref, de tous chanteurs qui n’écriraient pas avec les genoux pour s’en aller vociférer à plein sphincter que « l’amour c’est pour toujours sinon ça fait pleurer ». Mon brave, comment n’as-tu pas envie de changer de job, quand tu vois et admets, que les « légendes » meurent pour ne jamais renaitre dans ton catalogue ?

« Ses plus grands succès sont chez Universal ! ». En 7 mots tu as résumé tout ce qui faisait de toi un nuisible. D’abord par le côté ouvertement opportuniste du point d’exclamation. Ce point d’exclamation qui dit : « eh les gens, il est mort, et ça vous rend triste ? alors n’hésitez pas à commander son best of ! » Ensuite parce que la mort, quel coup du pub ! Mieux que le divan de Drucker ou le plateau de Ruquier, la camarde est parfaite pour jouer sur les bons sentiments. Si encore tu avais dit « son œuvre est chez nous » passe encore, mais là, tu avoues que ce sont les succès qui donnent, à tes yeux, de la crédibilité à un produit… oui, tu ne m’en voudras pas d’appeler « produit » un type dans ton label ? Ce sont les « succès » qui t’intéressent, et dans un monde parfait, tu ne produirais que des singles, le reste c’est de l’habillage.

Brel eut Barclay, Brassens eut Jacques Canetti… aujourd’hui, leurs chansons sont « chez toi », mais tu n’y es pour rien. Ils ne sont et ne seront jamais des artistes « universal », il se trouve juste que ton portefeuille te permet d’acheter les « succès », et que le « tube » soit « la danse des canards » ou « la mauvaise réputation », tu t’en branles comme d’une rature sur une partition de Mozart.

Cher Pascal, si j’étais un lecteur des analyses scatologiques de Lacan, je te dirais que le nom de ta firme « univers sale » n’a jamais aussi bien porté son nom. Tu clames souvent que le téléchargement illégal va tuer l’industrie du disque… mais, mon pauvre vieux, le simple fait que tu existes incite au téléchargement illégal ! Si la légalité nous oblige à te donner du fric, c’est à désespérer de la loi. D’autant plus que si le monde musical est entre tes mains, il vaut mieux le laisser crever.

par Anthony Casanova

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