Les petits candidats ne servent à rien
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Chaque élection présidentielle nous conte le récit pitoyable de ces «petits candidats» faisant la course aux 500 signatures pour nous imposer leur blase dans les médias. Cette fois-ci, les petits candidats sont aux nombres de 6. Deux complotistes: Jacques Cheminade et François Asselineau; deux trotskistes: Philippe Poutou et Nathalie Arthaud; deux égarés de la droite: Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle. Bref, une belle brochette de rigolos qui ne veulent rien, ne demandent rien, n’attendent rien, ne servent à rien! Cependant, leur inutilité aura la conséquence de servir d’attrape-con à ceux qui trouveront désopilant de voter «underground».

La seule question qui se pose est : Lequel de ces six calamiteux chopera assez de niais pour dépasser les 5%? Ce-dernier aura même la joie de se faire rembourser sa campagne électorale par le contribuable. On l’imagine déjà la tronche du petomane de l’isoloir glissant son bulletin «Cheminade» parce que c’est trop cool le mec qui voit des ovnis partout. L’extrême droite tape à la porte du pouvoir, Fillon risque d’être le plus gros ripou à diriger la France mais non, on s’en fiche parce que, vous comprenez, la politique c’est chiant.

Pour une fois, il faut saluer TF1 d’avoir congédié ces nuisibles du débat du premier tour. Évidemment, TF1 ne pouvant faire une action intelligente sans l’enrober de purin, la première chaîne n’a rien trouvé de mieux que de couper les échanges par une pause publicitaire.

Les seuls débats de la bande des 6 qui pourraient avoir un intérêt verraient se confronter Dupont-Aignan et Lassalle pour qu’ils nous expliquent pourquoi ils ne sont pas avec Fillon ou Macron; le débat entre Cheminade et Asselineau pour les entendre tergiverser sur leur haine du réel; et, enfin, entre Arthaud et Poutou pour qu’ils nous racontent les incroyables différences entre le bon trotskiste et le mauvais trotskiste.

Il ne faut pas se leurrer: les petits candidats savent aussi qu’ils ne servent à rien, et j’en veux pour preuve cette déclaration sur LCI du représentant du NPA, Philippe Poutou: «si je n’étais pas candidat, je crois que je m’abstiendrais». C’est-à-dire qu’en sa propre absence, il n’aurait même pas pris la peine de choisir sa camarade Nathalie Arthaud. Ah! Ils sont beaux les camelots de la faucille et du marteau incapables de mener un combat commun parce qu’il y a 70 ans le trotskiste Michel Pablo préférait le fromage au dessert.

Mais, si nous en sommes-là, c’est surtout de la faute aux «grands électeurs» qui se complaisent de ce petit pouvoir tous les 5 ans. Nous devrions leur rappeler que ce sont les citoyens qui les élisent, et, de ce fait, qui leur donnent la légitimité et la responsabilité de s’exprimer à notre place. Résultat: nous allons avoir un débat grotesque entre 11 candidats… 3 heures pour entendre chaque personne causer un quart d’heure! Inutile et ridicule.

Il faudra un jour être honnête avec Mr Le Peuple qui se désole de l’appauvrissement du débat politique. La bonne blague! Mais si le débat politique est nul, c’est tout simplement parce que Mr Le Peuple n’en a rien à faire et qu’il va finir par se décider pour qui glisser son bulletin de vote en fonction du dernier buzz médiatique, d’une couleur de cravate ou d’un je-ne-sais quoi qui caractérise son mépris de la démocratie.

On nous parle d’avenir, de choix de société, de cohérence, de rapport au monde mais Mr Le Peuple, lui, prend ça pour une vaste fumisterie. Et ensuite, lorsque le candidat fraîchement élu applique ce contre quoi nous avertissions Mr Le Peuple, voilà ce-dernier qui chouine que «s’il l’avait su ben il le fera plus»… pour nous donner le sentiment que la démocratie c’est, parfois, le spectacle absurde d’un mouton se baladant sur l’herbe tendre en se demandant s’il ne serait pas préférable de participer à un méchoui.

par Anthony Casanova

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