Pierre Bouteiller
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

«Pas de chat, pas de broccolas!» (Marcel Gotlaeb).

Tiens, ô ma lectrice, une petite devinette, pour commencer; sais-tu qui a dit, je le cite: «Radio-France, c’est simple: si cela parle, c’est France-musique. S’il y a de la musique, c’est France-info qui est en grève».
Allez, un petit indice supplémentaire, qui va peut-être te faire aimer cette belle personne de radio autant que j’ai pu le faire quand il fut tour à tour animateur d’émissions, directeur de programmes, directeur de chaîne, puis de nouveau animateur; c’est lui qui a décidé d’ajouter un «s» au «musique» de «France-musique».
Anecdotique?
Mon cul!
Toi qui n’as que l’âge de tes artères, (et dieu sait s’il vaut mieux avoir l’âge de ses artères que l’âge de César Franck), tu ne peut imaginer toutes les ouvertures qu’il peut y avoir dans cette simple lettre, dans ce simple pluriel. Pour moi qui, depuis quasiment ma naissance jusqu’à mes vingt-cinq ans, ai eu l’oreille aussi collée à cette antenne qu’un attaché parlementaire fictif aux déplacements de Marine le Pen, ce fut presque aussi jouissif que mon premier cunni. Et je baise mes mots.

Pierre Bouteiller, (qui vient de nous quitter), c’était tout ça. LA radio, tel qu’elle fut. Telle qu’elle n’est, hélas, plus assez souvent.
Ca, oui, même si, quelquefois, on peut y trouver de beaux moments, Jean-Louis Foulquier, José Artur, Jean-Christophe Averty, et Pierre Bouteiller ne reviendront pas.
Bon, d’accord. Aujourd’hui, on y trouve une liberté de ton. («Et de thon aussi, puisqu’il y a toujours Anne Roumanoff sur Europe», me souffle ma camarade de jeu du moment. Que je soufflette derechef pour lui apprendre à être moins sexiste, avant de lui rappeler qu’il restait de la vaisselle des trois derniers jours à faire; c’est fini, le 8 mars, bordel!).

«Europe». «Europe 1» à l’époque. Dont fut précisément viré Bouteiller pour avoir eu l’indécence de passer à l’antenne une caricature du général de Gaulle par Henri Tisot. Si vous voulez, euh, comment die ça, l’irrévérence de Tisot, comparé à ce dont peuvent nous gratifier, (quelquefois avec bonheur, et tant pis si je sais que je risque un conflit armé en disant ça), Canteloup ou Gerra, c’est un peu comme mettre en parallèle le niveau d’orthographe d’un bachelier d’aujourd’hui avec celui d’un titulaire du certificat d’études dans les années mil neuf cent cinquante.

Oui, on peut évidemment constater que l’antenne est plus libre aujourd’hui qu’à mi-vingtième siècle. Mais, ô ma chère lectrice, puisque ta mère jouait encore à la marelle alors que mes glandes salivaient déjà à la perspective de la libération de la bande «FM», qui allait, hélas, devenir une «libéralisation» dans la sémie la plus commerciale du terme, un peu d’histoire; en 1981, Pierre Bouteiller profite de son passage à la direction de TF1, (encore publique, à l’époque, oh, yeah), pour en dégager la retransmission du concours «Eurovision» de la chanson. Aux cris de: «Ce concours n’est plus qu’un monument à la bêtise dont l’intérêt est dissipé par l’absence de talent et la médiocrité des chansons.
Il se félicitera même, dans la foulée, d’avoir, je cite: «supprimé une émission de merde, tout un lobby de producteurs, attachés de presse, chanteurs et éditeurs.»
Yesssssssssssssssss !!!
C’est aussi lui qui, environ dix ans plus tard, a lancé Laurent Ruquier. Et là, ô ma lectrice, je vais me permettre une anecdote un peu personnelle.

Nous étions en préparation d’une pièce de théâtre avec Patrick Font, en août 1991, et celui-ci me dit, un matin: «j’ai reçu un coup de fil pour participer à une émission, à France-inter, à partir de la rentrée de septembre; un certain Laurent Ruquier, tu connais?
-T’es con, tu vas te griller, j’ai entendu son émission de l’été sur la même chaîne, c’était vraiment pas terrible! (Ce qui était rigoureusement vrai).
-M’en fous, c’est super bien payé, j’y vais»
C’était: «Rien à cirer.» L’émission devint la plus éclatante de la chaîne depuis le «Tribunal des flagrants délires», et Patrick Font en était le joyau, dont Ruquier lui-même disait: «Patrick Font, c’est mon bonheur et mon angoisse».
En sont sortis Anne Roumanoff, Didier Porte, Christophe Alévêque, Pascal Brunner, Laurent Gerra,  Laurence Boccolini, l’ami Chraz, et encore quelques autres …
Bouteiller, c’est aussi, (je peine à employer l’imparfait, excuse-moi), en vrac et pour mémoire;
A la télévision: «Droit de réponse», animée par Michel Polac.
A la radio: «Le masque et la plume», sur France-inter, qui nous régale toujours aujourd’hui de sa délectable et intelligentissime mauvaise foi.
Bon, je n’ai plus de place. Mais je donnerais volontiers la moitié de ma collection de disques de Miles Davis pour entendre Pierrot dire à Varrod: «je supprime ton émission de merde, tout un lobby de chanteurs, dont la nullité des textes ne concurrence que l’indigence des musiques et la désespérance de leurs voix».

par Christophe Sibille

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