Pierrot le sage
Par Christophe Sibille , le 15 mai 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Oh ma lectrice, je ne sais pas si tu as écouté, parmi les quelques hommages qui lui furent rendus pour commémorer sa mort, voilà trente ans, l’émission publique que France-inter a consacré à un  humoriste le mercredi 18 avril dernier.

Un des plus grands que cette antenne, parmi quelques autres, ait pu avoir eu l’honneur de compter parmi ses acteurs. Non, pas Patrick Font. Même s’il put aussi, (même si pas pute non plus), prétendre à ce titre.J’ai eu l’honneur, la chance, le bonheur, la joie, et je te passe encore quelques qualificatifs, de rencontrer Pierre Desproges. Comme quoi la vieillesse sert quelquefois à autre chose qu’à naufrager. Je ne l’ai pas croisé dans un pince-fesses quelconque d’artistes bobos du show-bizz alternatif, dans lequel, du moins je me plais à l’imaginer, il aurait renâclé à traîner ses escarpins. Et moi mes baskets, aussi; (oui, à l’époque, j’étais pauvre. Je n’avais pas encore eu la chance de passer le concours de la SNCF pour aller m’étendre mes pinceaux autour d’un volant de TGV en lutinant des contrôleuses overgaulées, le tout pendant vingt heures par semaine, jusqu’à mes quarante-cinq ans, pour six mille Euros par mois.)

Enfin, ça, c’est ce que croit le député «la république en marche ou crève».) Dont la seule obsession semble, «a posteriori», consister assez souvent en le fait d’avoir renoncé à une prébende familiale de hobereau à cinq chiffres pour rejoindre les pue-la-sueur de l’assemblée. Non.

Comme je te le disais il y a un mois, j’ai eu l’occasion d’avoir dans mon champ de vision les fesses du duo «Font et Val» depuis le cul de différents théâtres, salles polyvalentes, Zéniths de province, Olympia et théâtre Déjazet de Paris, et ce pendant quatre ans. Il fallait bien qu’il y eût quelques contreparties agréables à ce pensum, nom d’un putain de bordel à cul de pine à nœud de chatte de Bigard !!! …Mais non, je déconne, qu’est-ce que je me suis marré, putain !! Et, parmi ces contreparties, des rencontres. Ce fut un jour, quelque part au siècle dernier.   En dix-neuf cent quatre vingt deux. « Je m’en souviens, ce septennat avait un an, Déjà Macroninet perçait sous Mitterrand …»

Oui, j’ai toujours eu un peu de retard, j’ai voté à gauche … Pardon, j’ai voté socialiste, au temps pour moi, jusqu’à une époque assez récente. Je rencontrai donc Pierrot dans une radio, (à l’époque, on disait encore: «libre» … C’était le cas, avant qu’elles ne deviennent libre que d’indexer leur ligne éditoriale sur l’éthique des gros enc … pardon, des annonceurs publicitaires qui les finançaient.) Et même que celle-ci l’est restée plus longtemps que les autres. Libre.

Radio libertaire, justement, elle s’appelait. Rue Amelot. Le studio était tout petit. Les moyens aussi. Pas la moindre pièce où les invités pouvaient attendre, deviser, discuter, boire un coup, ou même se retirer les pellicules ou se bécoter, tels un vulgaire président des Etats-Unis et son larbin tricolore. Bref, l’annexe, c’était un bistro, plus ou moins attenant.

Ce jour-là, les patrons anars, (hihi, oxymores, je vous adore), avaient fait assez fort, puisqu’ils avaient comme invités à leur émission phare du jour Font et Val, ET Pierre Desproges. J’accompagnais Patrick et Philippe, (en sus du piano), jusqu’au lieu de l’émission, et allai donc les attendre dans l’annexe en attendant qu’ils aient fini de faire rougir les micros en leur chantant: «on s’en branle» ou «villa mon cul».

Une seule personne, dans ce petit rade du XIè arrondissement. Je pris mon courage à deux mains, (mais le jour même, parce qu’après, ce n’aurait servi à rien), et lui demandai si je pouvais m’asseoir en face de lui. Qu’est-ce que je regrette de ne pas avoir eu de quoi enregistrer, à l’époque!!! Comme plein d’humoristes, (notamment Patrick, d’ailleurs), Desproges était quelqu’un de très timide. Mais, dès qu’on parlait musique avec lui, son visage s’illuminait littéralement. Et je vous jure que ce n’est pas une figure de style. Nous avons donc parlé musique, à bâtons rompus, pendant l’heure qui précédait son passage à l’antenne à lui. En se promettant de se revoir un jour. Ce qui ne s’est, hélas, jamais réalisé.

Pardon, Anthony ? De quelle musique on a parlé ? Pourquoi, il y en a plusieurs ? Et c’est là où je veux en venir, concernant l’émission de France-inter de ce fameux mercredi du mois dernier. Charline, Alex et Guillaume ont été plutôt bons, même si le seul vrai hommage qu’on puisse rendre à Desproges est de diffuser ses chroniques, dites par lui, sans personne d’autre. Mais du rock pour l’habillement musical, non !!! Nein !!! No !!! Niet !!! Un peu comme si j’arrosais un feuilleté aux morilles de chez Troisgros avec du Nuoc-mam.

par Christophe Sibille

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