Plaidoyer pour Jérôme Cahuzac
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

claire-435-1La condamnation de Jérôme Cahuzac fut le dernier acte du premier couac du quinquennat de François Hollande. L’ex-ministre du Budget a été condamné à trois de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité, Patricia Ménard (ex-madame Cahuzac) à deux ans de prison ferme, et la banque Reyl à une amende de 1 875 000 euros. Bien qu’il ait fait appel de la condamnation, que certains observateurs ont qualifié de «sévère», la majorité de la classe politique a trouvé «logique» ce jugement.

«Logique» c’est notamment le mot employé par, le patron des Verts, David Cormand. Eh bien en ce qui me concerne, je ne vois rien de logique de cette décision. Résumons: Cahuzac a dissimulé de l’argent aux impôts tout en exerçant plusieurs fonctions politiques. Cahuzac et son ex-femme sont des voleurs, des escrocs, employez le terme que vous voudrez: ce sera le bon. Mais en quoi, et sous quel prétexte si ce n’est la sacralisation de l’argent, faudrait-il mettre Jérôme Cahuzac et Patricia Ménard derrière des barreaux?

En quoi la privation de la liberté de mouvement serait logique? Attention, je ne suis pas comme le poète Gébé qui, au nom de l’utopie, proposait d’ouvrir les portes des prisons. Cependant la prison, l’enfermement d’un être humain ne devrait pas être une solution «logique» que l’on balance à tour de maillet dans un tribunal. Priver une personne d’arpenter le même trottoir que vous ne devrait être envisagé que si cette personne est un danger pour la société. Un violeur, un assassin, un terroriste, un caïd, un harceleur, une personne violente… oui, pour ces gens-là, le Code pénal n’a rien trouvé de mieux que l’isolement puisque le but premier est de protéger le quidam qui pourrait être une victime potentielle. Mais merde, en quoi boire un café à la table voisine de celle de Jérôme Cahuzac pourrait nous mettre en danger?

Si tant est que la justice doive être plus logique que juste, le juge aurait dû condamner Jérôme Cahuzac à une amende de plusieurs millions d’euros, une inéligibilité de 20 ans et à des travaux d’intérêt général. Sachant que la surpopulation carcérale est un problème aussi déontologique que financier, mettre Cahuzac entre quatre murs est une conclusion grotesque. Tous les fraudeurs ne sont pas Al Capone, tout de même!

Avec Cahuzac aujourd’hui, comme avec Bernard Tapie hier et Balkany sans doute demain, l’occasion nous est donnée de raisonner sur l’enfermement. De mettre en avant cette absurdité qui amène la société à se réjouir de voir un voleur de pommes, fussent-elles en or, conduit au cachot pour que Monsieur et Madame Tout-le-monde puissent saliver en l’imaginant en baver. La prison est en pratique, comme en théorie, un problème qui feint d’être une «solution».

Les personnalités politiques qui s’émeuvent le lundi des conditions de détention exécrables dans les établissements pénitentiaires mais qui le mardi trouvent «logique» qu’un type dans le genre de Cahuzac aille y croupir sont des faux culs de première catégorie.

Au mois de novembre 2016, l’administration pénitentiaire dénombrait 68 560 détenus écroués pour 58 484 places opérationnelles. Les prisons ne sont pas pleines d’innocents, en revanche, elles débordent de gens qui n’ont rien à y foutre.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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