Playlistériose
Par Christophe Sibille , le 18 décembre 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Bon, ma chère lectrice, heureusement que ma chronique de mardi dernier n’était pas la dernière de la saison. Tu te rends compte, finir sur une chanson dont le refrain est, je cite, «t’es la plus bonne, bonne, de mes copines»… Et, oui, je suis bien d’accord avec toi, j’imagine que si l’adjectif: «bonne» n’était pas doublé, la formule «la plus bonne»  perdrait un peu de sa puissance grammaticale.
Je te rappelle que le couplet était à peu près du même niveau, (tu peux revérifier). Et la musique aussi.

Je ne dirai rien de son interprète, (que certains déficients auditifs qualifieraient peut-être de «chanteuse»), pour éviter une publicité supplémentaire à Aya Nakamura. Qui serait d’ailleurs totalement superfétatoire, puisque ce chef-d’oeuvre digne de la plaie-iade lui a valu d’être quatrième sur le top des ventes mondiales. Mais, comme je l’ai déjà vaguement écrit la semaine dernière, cette œuvre cardinale n’a pas tellement d’autre ambition, culturellement parlant, que financer le string en platine, le sourire en faïence et les nichons en carbone de celle qui nous la vocodérise à tour de larynx. Et de mettre un peu de soupe populaire dans le nuage de lait permanent des spots publicitaires et des «jingles» véreux des stations qui nous en matraquent. Radios qu’on a appelées: «libres» au début des années quatre-vingts, puis «privées» ensuite. Ce qui prouva une certaine lucidité, puisque c’est vrai qu’elles sont assez vite, après une courte liberté aussi foutraque que quelquefois enthousiasmante, devenues totalement privées d’une quelconque ambition de contenu radiophonique digne de ce nom. Donc, pour résumer, cette pseudo-chanson, on s’en branle.

Mais, ce qui incite un tout petit peu moins à se livrer à ce plaisir inoffensif, et parfois aussi nécessaire que quasiment toujours insuffisant, (et à la célébration qu’en fit un fameux duo ayant immortalisé ces trois mots), c’est l’oeuvre qui suit un peu plus bas.
Comme la semaine dernière, je vais joindre seulement le texte; pas le lien «youtube», au cas où tu aurais l’idée saugrenue de l’ouvrir, (le lien), au moment du repas, ou juste avant une quelconque activité amoureuse avec celui qui a la chance de les partager avec toi. Ouverture qui vouerait l’une comme l’autre de ces occupations salutaires à l’abdication en rase campagne, qui des papilles, qui des organes et muqueuses concernées, (et ce, même si ta compagne ne se rase pas, hihi.)

Ce texte, le voici. Tu viendras pas gueuler après. Ou si, si tu veux. D’ailleurs, je gueulerai avec toi, si ça ne t’ennuie pas. Le voilà:

J’ai une amie, Vicky
Son vrai nom est Suzie
On l’appelle Sue
Je l’appelle Vie
Vie
Un jour, le Sud
Le lendemain, le Nord
Le Grand Nord
J’adore
Un jour, c’est tout,
Le lendemain, c’est que dalle
Ça passe mal
Ça passe

J’ai une amie, Vicky
Son vrai nom est Suzie
On l’appelle Sue
Mais moi, je l’appelle Vie
Comme la vie

Elle souffle le chaud
Elle souffle le froid
C’est comme ça
Faut faire avec

Depuis hier pourtant
Plus rien
On aurait du prendre le train
Et moi, je n’ai plus qu’une clope
Et les nerfs
Je vous dis pas les nerfs dans quel état

Comme je le disais, l’auteur-compositeur-interprète qui nous tartine les oreilles avec ces fulgurances, opportunément revêtues d’une musique d’accompagnement qui ferait penser à un tracteur asthmatique pris en otage par des gilets jaunes le faisant tourner sans fin autour du rond-point de Référendum-les-canards, n’est pas en butte à un oubli, ou à des quolibets, légitimes, de la radio de Jean-Louis Foulquier. Radio pourtant vraiment libre par essence, elle, puisque publique, qui vit naître et promut Bernard Lavilliers, Jacques Higelin, Hubert-Félix Thiéfaine, et quelques autres que tu me pardonneras de ne pas citer parce que l’espace m’est imparti. Non, non, non. Et cette «oeuvre», bien qu'(au moins) aussi nulle que celle de la semaine dernière, est porté aux nues, encensée, multidiffusée, déifiée, à longueur de «playlist» et d’émissions, par cette antenne qui, elle, devrait donc par essence être un tout petit peu plus regardante sur le fait qu’une chanson, c’est en principe: un texte + une musique + un arrangement + un chanteur.

Dans l’ordre qu’on veut. Avec, autant que faire se peut, un minimum d’osmose entre ces quatre éléments. Non. Ça, c’était avant.

Alors, merci à la pierre philosophale Didier Varrod-Djubaka, qui transforment la merde en droit d’auteurs, nos tympans en cuvettes de chiottes, et les neurones de ceux qui finissent par aimer ça en fromage blanc 0% de matière grise.

A part ça, bonnes fêtes à toi quand-même, puisqu’il paraît que c’est bientôt. Et que je préfère finir bien.

par Christophe Sibille

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