Poids des coutumes, choc des cultures
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

D’après plusieurs études scientifiques rigoureusement menées par mes soins sur le panel non-représentatif d’une population inventée, l’incompréhension est à l’origine de nombre maux et autres vivisections intempestives entre pairs humains d’ethnies, de confessions ou penchants politiques divergents. Si un porteur de kippa possède certaines inimités vis-à-vis de l’antisémite standard, c’est parce qu’il ne comprend pas pourquoi ce dernier s’inscrit au GUD alors que c’est une association à but non lucratif. Si le républicain athée a tant de mal pour se lier d’amitié avec le catholique pratiquant, c’est parce qu’il ne comprend pas comment ce dernier peut construire son quotidien sur des contes de fées alors qu’on a la démocratie. Une incompréhension du même type est à l’origine d’une levée de bouclier à Nabeul contre un DJ, qui a dégénéré en menaces de mort et autres insultes sur la profession prétendue de la mère dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 avril

Dans une station balnéaire de la région de Hammamet, lieu de décadence occidentale en pleine Tunisie, l’incompréhension règne. Destination prisée des vacanciers qui ont pas assez de ronds pour partir à Bali mais suffisamment pour aller ailleurs qu’en Corrèze, la Tunisie vit de tourisme et de terrorisme comme la majorité des pays arabes qui autorisent l’alcool. Sinon, ils ne vivent que de terrorisme, coucou Marine, et éventuellement de pétrole pour ceux qui prétendent à la légion d’honneur, coucou l’Arabie Saoudite. Dans une boîte de nuit de Nabeul pendant l’Orbit Festival, un DJ britannique du nom de Dax J décide, entre deux tracks de minimale redondante et d’électro molle, de passer naïvement un petit remix de l’adhan, c’est-à-dire de l’appel à la prière. Pas la peine de sortir de la sainte mosquée pour comprendre que selon toute vraisemblance, dans un pays touché depuis des lustres par une musulmanie récalcitrante, ça risque pas de faire l’unanimité parmi les spectateurs qui ne sont pas perchés comme des moineaux. D’accord, la Tunisie a accepté de s’acculturer un peu pour se rendre plus attractive aux portefeuilles occidentaux, au mépris de la charia la plus élémentaire, mais c’est pas pour autant qu’il faille trop déconner avec le sacré non plus.

La sanction est rapide : fermeture jusqu’à nouvel ordre de la boîte, annulation de la soirée et condamnation pour le gérant et ledit DJ pour « atteinte aux bonnes mœurs et outrage public à la pudeur ». On pourrait se scandaliser avec condescendance si une femme qui allaite son gamin ne risquait pas la même condamnation dans nos belles contrées bleu blanc rouge civilisées. Les organisateurs de l’Orbit Festival ont immédiatement posté un long message d’apaisement sur les réseaux sociaux, histoire de pas se manger une fatwa sur le coin de la gueule. Directement inspirés des techniques du PS, ils se sont également désolidarisés du DJ – alors qu’ils l’avaient eux-mêmes programmé – en le poussant du pied l’air de rien dans la fosse aux lions. À l’heure où nous parlons, il est sûrement à créditer de plusieurs milliers de « va te faire enculer » et autre « on va te brûler toute ta famille » déclinés en plusieurs langues et tout réseau social confondu, ce qui représenterait ses meilleures statistiques de l’exercice 2017. Pourquoi se faire chier à faire un set aux petits oignons quand il suffit de balancer un remix de l’adhan pour faire un tabac, je te le demande. Parce que c’est moins dangereux, je te le réponds.

Au final, c’est encore l’incompréhension qui pose problème. Le DJ n’a pas compris que le travestissement du sacré pouvait être mal vu, a fortiori quand t’es sur place, les tunisiens hostiles n’ont pas compris l’ignorance du DJ, nous ne comprenons pas l’ignorance des tunisiens et Dieu a de plus en plus de mal à comprendre l’imbécilité des hommes. Surtout que même Lui a le sens de l’humour et du rythme ; sinon Il aurait pas vissé les genoux des flamands roses à l’envers, et Il collerait pas des leucémies à des gamines de 8 ans. Alors un petit remix…

(l’info originale sur le site du Parisien)

Par Romain Rouanet

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