Pomme d’affaires
Par Guillaume Meurice , le 11 octobre 2011

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

Il est de sombres heures, de profonde désolation lorsque l’humanité perd l’un des siens. Qui plus est lorsque le disparu est de la trempe des génies. De ces êtres suprêmes dont on se demande avec stupéfaction comment fût-il possible que les générations passées eussent pu survivre sans lui. Steve Jobs était de ceux-là. Créateur de la marque Apple, inventeur visionnaire sachant anticiper les espoirs d’une population en souffrance. Ceux de millions d’hommes et de femmes bannis du bonheur absolu, privés jusqu’alors de l’application IPhone « Paf le chien ».

L’hommage rendu suite à sa disparition est à la hauteur de la ferveur suscitée par sa firme. Cette dernière avait pris l’habitude de déchainer les passions à chaque nouveauté annoncée lors de conférences gigantesques à résonnance internationale.  Provoquant des files d’attente à rallonge devant les magasins à chaque sortie commerciale de créations étonnantes. Des consommateurs jouant parfois des coudes pour être parmi les premiers à en profiter. Des enfants chinois allant même jusqu’à accepter de travailler quasiment bénévolement pour fabriquer les produits.

Un succès parfaitement mérité pour ce fils de personne et ce responsable consciencieux ayant su distiller avec parcimonie les innovations révolutionnaires. Tantôt un ordinateur familial aux capacités de stockage digne de la NASA. Tantôt une tablette numérique pour remplacer les livres. Des prothèses technologiques devenues incontournables. L’offre créant la demande. Steve Jobs restera comme l’un de ceux qui ont su rendre l’inutile parfaitement indispensable. Comme un concepteur de système d’exploitation informatique exploiteur du système économique.

Ainsi, il restera certainement également un concepteur de jouets à la mode, ayant parfaitement assimilé le fait que les adultes ne sont jamais que de grands enfants dégénérés. Un modèle, un symbole, un héros moderne pour celles et ceux qui veulent se donner les moyens de vivre avec leur temps. Du moins pour celles et ceux qui ont les moyens de se payer le luxe de vivre avec leur temps.

Aujourd’hui, nous ne pouvons que regretter un décès si précoce qui laisse une œuvre inachevée. Un parcours presque sans faute, exceptée celle d’avoir cédé un peu facilement aux sirènes du libéralisme financier et d’une société qui glorifie un bienfaiteur de l’humanité inventeur de gadget, plutôt qu’un chercheur en médecine spécialisé sur le cancer du pancréas. Une erreur malheureusement fatale.

Et qu’il est toujours bon de rappeler en temps futiles.

par Guillaume Meurice

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