Poudreuse à canon
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique


Dame Nature est sans doute parfaitement vénérable, mais elle n’a aucune idée des contingences économiques et des facteurs de rentabilité relatifs à l’économie de marché. C’est ainsi qu’elle décidera arbitrairement de faire tomber la neige uniquement lorsque les conditions climatiques seront réunies. Au mépris total des exigences des skieurs, snowboarders, et autres férus de glisse qui attendent avec impatience les précieux flocons pour pratiquer des sports divers.

Ainsi, un faible enneigement dans une station de ski provoquera irrémédiablement une baisse de la fréquentation, et tous les inconvénients que cela comporte en terme de chiffre d’affaires pour les différents hôtels-restaurants, magasins de souvenirs, discothèques… Heureusement une solution existe et semble parfaitement en phase avec la volonté gouvernementale de déclarer la guerre à la récession : le fameux canon à neige.

Une artillerie lourde qui n’est pas sans causer quelques dommages collatéraux. Citons entre autres exemples l’érosion des sols liée à la densité de cette « neige de culture », la surconsommation d’eau potable, la retenue sur les cours d’eau. Autant de désagréments dérisoires face au plaisir souverain de l’être humain lié à cette activité essentielle : monter tout en haut d’une pente, se laisser glisser tout en bas, et recommencer.

Un besoin à ce point vital qu’il est nécessaire de déployer un arsenal conséquent pour pallier aux défaillances météorologiques. Quitte à détruire un écosystème pourtant indispensable à sa survie. Un paradoxe poussé à son paroxysme dans un pays gagné par la fièvre de l’or noir. Ainsi, en plein de cœur des Émirats Arabes Unis où la température peut atteindre 50 degrés Celsius, fut inaugurée en 2005, une piste de ski immaculée d’or blanc.

D’autres initiatives de ce type sont donc sans doute à prévoir. Peut-être connaîtrons-nous bientôt l’allégresse de pouvoir naviguer en voilier sur un lac d’eau douce en plein Sahara. Ou le bonheur de pouvoir prochainement jouer à la marelle sur la Lune. Ou l’irrésistible jubilation de pétarader en moto sur une piste construite sur l’océan. Mais de plus en plus rarement la joie paisible de simplement contempler un paysage non encore souillé par l’industrie du loisir.

Dans les massifs montagneux, marmottes et bouquetins semblent insensibles au spectacle de guignols à spatules s’amusant comme des fous qu’ils sont. Car pendant ce temps là, les chances de survie de l’espèce humaine fondent. Comme neige au soleil.

par Guillaume Meurice

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