Prends l’oseille et tire-toi
Par Manon , le 16 avril 2013

MANON et les filles de joies

Adèle est une escort très sélective, elle est très attentive lors des premiers contacts par téléphone ou SMS, et n’hésite pas à refuser tous ceux dont elle doute : les demandes tard le soir, ceux qui s’adressent à elle de façon familière, ceux qui négocient, les trop jeunes, les gens qu’elle trouve bizarres… Au final, elle ne reçoit pas beaucoup de nouveaux clients…

Thibaut la contacte pour savoir si elle serait libre le lendemain pour un rendez-vous. Il aimerait être reçu car il est marié et ne veut pas laisser de trace bancaire ou d’identité dans un hôtel. Adèle n’est pas très enthousiaste au début, voyant cela, il se met à parler de lui « Je comprends que ce n’est pas évident d’accepter de rencontrer un illustre inconnu comme ça… J’aurais pu vous envoyer un mail avec ma photo mais je ne suis libre que demain et j’avais peur de ne pas avoir de réponse… Je vais vous parler un peu de moi : je suis un jeune banquier, en couple depuis 10 ans avec ma femme, que j’adore mais j’ai envie d’un peu de folie. Rien d’extravagant, juste une femme douce et belle à câliner, embrasser, masser… J’aimerais m’évader 1h avec vous, pendant ma pause déjeuner, entre mes tonnes de rendez-vous et la paperasse… Que vous dire de plus ? Je fais 1m70 et je suis plutôt mince, je suis brun, les yeux marrons… « . Adèle le trouve mignon dans ses efforts pour la convaincre, et accepte de lui donner rendez-vous le lendemain midi.

A l’heure prévue, son interphone sonne :
– C’est Thibaut.
– Oui, c’est au 3ème étage, au fond du couloir en sortant de l’ascenseur.
– OK.

Adèle ouvre sa porte et passe la tête dans le couloir pour voir venir son client. Elle le fait à chaque fois, pour être sûre qu’il est seul, et pour le jauger : si elle ne le sent pas, elle s’enferme chez elle. C’est un jeune homme, d’une trentaine d’année, bien habillé et tout souriant qui se dirige vers elle.
– Bonjour ! Comment allez-vous ? demande-il en lui faisant la bise.
– Bonjour ! Très bien, merci, et vous ? Allez-y, entrez.
– Je vais très bien maintenant que je vous vois !

Elle le suit dans l’appartement, referme la porte derrière elle et le rejoint dans le salon.
– Voulez-vous boire quelque chose ? Vous pouvez poser votre manteau sur le canapé si vous voulez.
– Non, par contre tu vas me filer ton fric, dit-il en sortant un flingue de son manteau.
Adèle a le sang qui se glace, elle court vers la porte en hurlant, il la rattrape avant qu’elle n’y arrive, la coince contre le mur en lui mettant une main sur la bouche.
– Arrête de gueuler connasse ! Il est où ton fric ? Dis-le moi ou je retourne tout ton appartement !

Adèle se débat, il n’est pas très costaud, et peine à la maitriser, il se met à la frapper pour qu’elle se calme, elle tente de le cogner aussi, et arrive à lui asséner un énorme coup dans le bras avec lequel il tient son arme. Le flingue vol contre le mur, et vient se briser à leurs pieds ! Elle comprend que c’est un faux, mais il redouble de violence, l’étrangle contre le mur et la frappe.
– Ton fric putain ! File-le moi ! Tu le planques où ?

Il commence à fatiguer, elle se débat beaucoup, il prend aussi des coups, des griffures, Adèle arrive finalement à se libérer et lui hurle dessus, le plus fort possible. Il panique, la frappe une dernière fois, ouvre la porte et se barre en courant. Elle se jette sur la porte, ferme le verrou et se laisse tomber sur le sol, tremblante. Le faux flingue est à coté d’elle, c’est un vulgaire pistolet à billes.

Elle prend de la glace dans le congélateur pour se la passer sur le visage, attrape son téléphone et appelle une copine pour lui raconter.
– Tu devrais aller aux urgences, et porter plainte surtout !
– Pffff j’y ai pensé mais non ! T’imagines, les flics vont se faire un plaisir de se mêler de ma vie, voir si je suis déclarée, qui je fréquente pour chercher un « proxo »… Non, c’est bon, c’est déjà assez d’emmerdes comme ça.
– Mais si tu ne le fais pas, le mec va s’en prendre à d’autres c’est sûr !

par Manon

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