Le prêtre qui divorça de Jésus
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Depuis la nuit des temps, les amours impossibles sont un sujet d’actualité et une profonde source d’inspiration pour nombre d’auteurs tout à fait notables ; de Shakespeare à Rostand en passant par Béroul ou Vianney, chacun nous révèle, avec la fragile sensibilité d’un verbe poético-romantique à faire défaillir les âmes les plus endurcies, que l’amour compliqué qui finit mal se vend et se retient beaucoup mieux que l’amour facile qui continue jusqu’à ce que mort s’ensuive. Toutefois, l’amour impossible est un concept de plus en plus rare dans nos sociétés évoluées, où il fait de plus en plus bon vivre dans la joie et la tolérance. Une aristo prout-prout peut tout à fait matcher un ouvrier plan-plan, un israélien aquilin peut tout à fait s’enticher d’une bombe palestinienne et un coiffeur-visagiste peut tout à fait épouser mon charcutier sans que cela ne pose trop de problème, à condition bien sûr de ne pas en parler aux familles respectives et de déménager dans une ville de plus de 100 000 habitants. Pour autant, il reste des cas particuliers qui résistent encore et toujours au progrès implacable. Un curé lyonnais en a justement fait la douloureuse expérience ce weekend à Lyon.

David Gréa est le prêtre de l’église de Sainte-Blandine dans le secteur Confluence, et est reconnu dans le milieu catholique rhodanien notamment pour l’originalité de ses messes. Il officie ainsi régulièrement en duo avec le groupe Glorious pour faire chanter les cantiques sur de la musique pop louange. En décembre 2015, pour la sortie du dernier Star Wars, il s’est même flanqué d’un tweet hilarant où on le voit poser en col romain et sabre laser – bleu, comme le côté lumineux de la Force, évidemment – avec un titrage «Je suis ton Père», à la fois évocateur pour les fans de Dieu et ceux de Star Wars, soit deux des plus grandes communautés religieuses du monde. Fin Janvier, il invitait même les fidèles à venir taper un dab sur l’autel entre la chips et le verre de rouge, soit entre le corps et le sang du Christ. En clair, un prête qui donnerait presque envie de te lever un dimanche matin pour aller décuver en toute plénitude sous les vitraux tapageurs.

Son originalité et son avant-gardisme ont cependant atteint leurs limites quand il a demandé au cardinal Barbarin la possibilité de pouvoir concilier vie presbytérienne et vie amoureuse. David Gréa fréquentait en effet depuis plusieurs mois et de façon assidue un sommier qui n’était pas le sien, ce qui ne se fait pas même si c’est plus ou moins Dieu qui lui avait montré la voie, qui n’était pas impénétrable celle-là. Il justifia ce honteux péché de chair sur la personne d’une femme majeure, consentante et amoureuse en expliquant qu’il voulait être honnête vis-à-vis de l’Eglise et qu’il ne tenait pas à vivre dans le mensonge, ce qui est tout à son honneur. Après une entrevue avec le pape lui-même qui lui confirma que c’était tout à son honneur, David Gréa fut quand même déchargé de ses fonctions de prêtre ce dimanche 19 février et invité à prendre une période de recul et de discernement, même si on peut gager qu’il sait déjà à quel sein se vouer.

Ce positionnement sur la question des mœurs sociales est typique de la part d’un Vatican sclérosé dans ses années glorieuses d’il y a un demi-millénaire et encore influencé par les carcans moraux d’alors. Le cardinal Barbarin avait quant à lui déjà affiché ses allégeances au traditionalisme puritain en couvrant les prêtes de son diocèse qui découvraient les scouts de sa communauté, ou en manifestant contre la décadence gay et lesbienne du Mariage pour Tous. Il réitère ici en promulguant la monogamie rétrograde : on ne peut se marier à une femme si on est déjà marié à Dieu. Finalement, ces prises de positions tendent à démontrer par a+b que pour la Sainte-Eglise, on ne peut toujours pas atteindre Dieu si on est accompagné d’une femme. Les moines opinent.

De leur côté, les pasteurs (homme et femme) se tâtent encore, et pas que sur la question. Ce qui doit être un signe de maturité spirituelle et au-delà, un choix idéologique fort judicieux: s’il y a tellement de gens qui en appellent à «Mon Dieu» au moment de jouir, c’est qu’il ne doit pas être si loin que ça quand ça se passe. Non?

(l’info originale sur le site de Libération)

Par Romain Rouanet

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