Quand un copain ne va pas bien
Par Anthony Casanova , le 2 février 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
à l’instar de Jacques Brel qui n’en avait plus rien à faire qu’en Irlande les catholiques et les protestants se foutent sur la poire dès qu’un de ses amis avait du chagrin plein les cernes, j’avoue que, ces temps-ci, l’actualité à tendance à me passer complètement à côté de l’intérêt.

Pourtant, en infatigable pinailleur du quotidien, j’aurais dû vilipender cet ancien président de la République que l’on voit partout faire la promotion d’un livre qu’il n’a pas lu… mais la colère n’y est pas.
Il y avait aussi de quoi s’étouffer de rage en apprenant qu’en Italie ils ont voilé les femmes nues des musées pour ne pas froisser un président iranien qui n’aura même pas la courtoisie d’abolir la burqa le jour où son homologue romain viendra lui rendre visite… mais rebelote, là aussi, je balaye ma hargne d’un revers de main.
Et cette ministre qui confond un plateau de télévision et un dîner mondain en oubliant d’envoyer valser son voisin de table qui déverse son fiel islamiste devant les caméras ? Eh bien, je me déçois, mais mon courroux reste au bercail.
Pourtant, il y aurait de quoi se mettre en rogne face à cette nouvelle mode cathodique consistant à donner la parole à des antisémites notoires en les faisant passer pour un panel représentatif des musulmans de France… Certes, oui certes, mais que voulez-vous, on ne peut pas être constamment des Don Quichotte sur commande. Les drames du monde ne valent rien lorsqu’un copain ne va pas bien.

Nous qui faisons « profession » de rire de tout et de n’importe quoi, en rêvant notre propre utopie où chacun serait heureux sans emmerder son voisin… où, pour être sincère, JE serais heureux sans que personne ne vienne me marcher sur la bite, ne craignons-nous pas qu’une seule chose : celle de voir une personne qui nous est chère malheureuse? Un blues qui nous donnerait l’envie de mettre nos zygomatiques au chômage.
Nous sommes là, fiers et vaillants, pour affronter toutes les bassesses du monde mais nous restons désarmés et maladroits quand il s’agit de prêter main-forte à notre voisin de palier. Ô désarroi qui nous pique la gorge et les doigts lorsqu’on se sent impuissants face au mal de vivre de quelqu’un que l’on aime bien.

Or, il est bien là le but de nos combats : mettre un coup de pied au cul en forme d’éclat de rire aux petits et gros malheurs du quotidien. Le malheur, ce cancer de l’esprit qui rend con. Le malheur ou la frustration qui pousse parfois à la xénophobie, de temps en temps à l’aigreur, généralement à la solitude.
Chaque fois que l’existence nous paraît pénible et que l’on en a plein les pompes de tout, ne suffirait-il pas de nous dire que nous sommes paumés sur une planète dans la Voie Lactée, au sein d’une galaxie qui contient cent billions d’étoiles, dans un univers en expansion, et que notre naissance n’est que le fruit d’un extraordinaire hasard ? ça pourrait nous amener à relativiser, non ? Apparemment pas, et ce ne sont pas les charlatans des divans, qui psychanalysent durant des décennies une même personne sans qu’elle aille mieux, qui diront le contraire. Bref, on se demande toujours comment sortir la tête de l’eau d’un ami qui se prend pour un éternel scaphandrier ?

On sait pourtant qu’un simple « pas de côté » pourrait nous faire admettre qu’on n’a pas le temps de se laisser mourir puisqu’au dernier acte on meurt quand même. C’est justement parce que rien ne sert à rien et que le ciel est encore plus vide qu’une bouteille de Saint-Emilion après une bonne soirée, que l’on sait que Rostand avait vu juste en écrivant « on ne se bat pas dans l’espoir du succès », on se bat parce qu’il n’y a rien de mieux à faire. Que résister rend meilleur, qu’une main tendue est toujours bonne à prendre puisque, au final, la vie n’est peut-être qu’une succession de choses insignifiantes dignes d’être vécues.

par Anthony Casanova

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