Racisme anti-corse, quèsaco?
Par Anthony Casanova , le 23 février 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par BabouseBien que les races n’existent pas, le racisme, lui, se porte très bien. A peu de choses près, et avec des proportions diverses, il y a autant de racismes qu’il existe de peuples. Dès qu’une route ou un fleuve sépare deux personnes il y a toujours une méfiance entre celui de la rive gauche et celui de la rive droite.

Généralement, et fort logiquement, lorsqu’on parle de racisme, on parle de la haine d’une majorité envers une minorité visible à savoir, en France, des blancs contre les autres pigmentations minoritaires. C’est en raison du dénominateur commun de la visibilité que l’on différencie notamment le racisme et l’antisémitisme. Les Juifs étant perçus par les antisémites comme « les ennemis de l’intérieur ».
Mais il n’y a pas que le racisme et l’antisémitisme, il y a aussi les petites discriminations locales, ce mépris envers certains quartiers ou certaines banlieues qui amènent des associations luttant contre ces « mauvaises réputations » à réclamer des curriculum vitae anonymes.

La France c’est surtout une addition de régions. Une addition que mettait en évidence Charles de Gaulle en disant : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ? » sous-entendu qu’il existe autant de peuples que d’appellations fromagères. Or, cette addition fut rendue « une et indivisible » par principe républicain. Une union apprise à l’école en mêlant en une seule matière l’Histoire et la Géographie pour accentuer le fait que la France ait des frontières naturelles : les Pyrénées, l’Atlantique, la Manche, le Jura, le Rhin, les Alpes et la Méditerranée.

Mais voilà, la France continentale n’est pas la même que la France métropolitaine qui est encore différente de « La France » incluant, elle, les territoires français situés outre-mer. Pourtant, lorsque la très grande majorité des Français parlent de la France, ils dessinent la France continentale en y incluant, en « grand seigneur », les autres territoires… quand ils y pensent.
Alors que signifie ce fameux « racisme anti-corse » dont on entend parler dans les journaux depuis que les autonomistes, associés aux indépendantistes, sont arrivés à la tête de la Collectivité Territoriale de Corse ? Comment pourrait-on parler de racisme envers une population majoritairement blanche vivant à 180 km de la Côte d’Azur?

Eh bien, dans l’inconscient collectif, la Corse fait figure de territoire d’outre mer de proximité. Un genre d’île de la Réunion ou de Guyane à quelques kilomètres de la « vraie France ». Bien que toutes les régions possèdent leurs lots de clichés, il est presque entendu que ceux concernant la Corse seraient vrais: La violence, la mafia, la fainéantise, le racisme, l’omerta, le clanisme… bref, une île peuplée de sauvages dont on se demanderait presque si leur monnaie est l’euro ou une quelconque devise exotique.

Ainsi, lorsque les Corses parlent de « peuple corse », d’identité liée à l’insularité et à l’histoire de cette île, les Français du continent retrouvent des relents qui datent de l’Empire coloniale pour mépriser ces malheureux qui ne se sentent pas « totalement » Français. Au lieu de dire « mais enfin, comment se fait-il que vous ayez des doutes sur votre appartenance à notre pays? » on les invite, avec dédain, à se nourrir de châtaignes, à rendre les subventions de Paris, et à prendre leur indépendance comme si Mr Dupont et ses congénères s’allégeraient d’un boulet.

Bien sûr le racisme anti-corse n’est pas celui qui vous prive, au faciès, d’entrer dans une boite de nuit, il n’est pas du genre, non plus, à vous priver d’une responsabilité politique… mais ce n’est pas parce qu’Obama a réussi à prendre la Maison Blanche que le racisme contre les noirs a disparu aux USA.

Ce mépris envers les Corses ou leurs « problèmes », cette facilité à dire « ils sont Français mais… » expliquent, entre autres, qu’il y ait un rapport de force entre la Corse et la France. On ne peut demander à un être humain de se sentir appartenir à une communauté si chaque fois qu’il élève la voix on le menace de le foutre à la porte.

par Anthony Casanova

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