Réchauffement clitorique
Par Christophe Sibille , le 26 mars 2019

Christophe SIBILLE et sa lectrice

 

«Nous avons appris depuis 1955 et avec Rosa Parks que les sièges de transport en commun sont politiquement plus dynamiques que les chaises parlementaires. Samedi dernier, j’ai assisté dans le métro de République à une scène qui pourrait bien être comparée, en termes d’efficacité performative pour construire un sujet politique, à celle où la citoyenne Parks a refusé de laisser sa place à un passager blanc dans un bus de l’Alabama. Samedi dernier, dans un wagon de métro rempli principalement d’hommes d’âge moyen et blancs revenant de la manifestation de gilets jaunes, une adolescente tenait une pancarte dans laquelle on pouvait lire: «Vous gérez nos clitoris aussi mal que la planète.» Devant les rires et les commentaires plus ou moins grotesques des gilets jaunes, l’adolescente non seulement n’a pas abandonné sa position, mais a gardé sa pancarte visible et hissée à tout moment, jusqu’à ce que les hommes blancs se taisent. Le fait que l’adolescente n’était pas blanche et que son slogan établissait une relation directe entre la gestion de la sexualité et la gestion écologique parle de l’émergence d’un nouveau mouvement transféministe et anticolonial planétaire qui place au centre de la lutte le droit de tout corps (vivant) à jouir de sa condition de vivant. Sauvons le clitoris planétaire. Si le féminisme disait « le personnel est politique », il faudrait maintenant dire que « le corporel (somatique) est planétaire ». Figure subalterne et proie des institutions de normalisation sexuelle et de genre, de la famille et de l’école, cible centrale à la fois des processus d’expropriation sexuelle et d’exploitation capitaliste, la fille s’élève maintenant comme le nouveau corps planétaire conscient.

La fille que j’étais saute de joie dans ma poitrine et se joint au combat. Désertons la guerre des samedis et sa logique nécropolitique. Et rejoignons la grève des filles les vendredis car « nous sommes plus chaudes que le climat ! »»

Ma chère lectrice, je suis navré de t’avoir imposé dans ce papier ce long texte, qui n’est absolument pas de moi. Tant je sais que tu préfères ma prose. Celui-ci a été écrit par le philosophe Paul Preciado qui a aussi commis, en 2008, un livre relatant son expérience de lui-même s’administrant de la testostérone en gel. Acte, qui se voulant «politique et performatif», a été décrit par l’auteur comme une stratégie visant à défaire, je cite, «le genre inscrit à l’intérieur même de son corps par un système de contrôle de la sexualité et de la contraception.»

Bon, parfait. Grand bien lui fasse. Pour Preciado, dans le cadre de l’abolition des stéréotypes de genre, l’anus devient, je recite: «le nouveau «centre universel contra-sexuel». En effet, il n’est pas discriminant et ne crée pas de catégories car «tant les hommes et que les femmes en possèdent un.» Il devient donc une «métaphore pour l’absence de normes de genre.» Très bien ! D’ailleurs, moi aussi, j’adore les massages prostatiques. Mais, quand-même, comparer Rosa Parks et une branleuse qui ne sait certainement pas ce que dit vraiment ce qui est écrit sur sa pancarte, (même si elle-même est vraiment persuadée de vouloir dire quelque chose, ce dont je ne suis pas absolument certain), c’est un peu comme penser que Raphaël Glucksmann est une tête de nœud… tête de liste, pardon, crédible aux élections européennes… «Encule-moi plutôt que le climat», «vous gérez nos clitoris aussi mal que la planète», «bouffe mon clito, pas le climat», «ma planète, ma chatte, sauvons les zones humides», «j’ai déjà ma puberté à gérer, Macron, occupe-toi du climat», «enculez-moi plutôt que le climat». Toutes ces pancartes ont été brandies il y a six jours. Par des gamines qui avaient, au bas mot, 12-13 ans.

J’ai une question… Donc, si on obtempère à leur sommation, il arrive quoi, à ton avis? Un orgasme, ou dix ans de zonzon? Alors, moi, je te dis non! Non, non, non! Un vrai acte rosaparkien, de la part de la donzelle prépubère, pour sauver son corps planétaire conscient plus chaud que le climat, tu sais, ce que ça aurait pu être, mon cher Popaul? Se dessaper devant les gilets canaris. Avant de montrer à cette assemblée de salopards ignorants, puisque mâles blancs de plus de quarante ans, comment elle s’en sert, elle, de son clitoris, pour leur apprendre à «mieux le gérer». Après, là, d’accord, ils n’auraient effectivement plus d’excuses. Hors de la pédagogie, point de salut.

par Christophe Sibille

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