Rendez-nous Sacha !
Par Naqdimon Weil , le 17 septembre 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause hebdomadairement – sauf pendant les vacances et pas la semaine dernière vu que j’étais à l’hosto rapport à des amygdales qu’on m’a retiré à 54 piges, c’est dire si je suis resté jeune dans ma tête, oui, je sais, j’ai loupé la rentrée du Coq, mais de votre côté, vous n’êtes pas venus à l’hôpital avec des fleurs ou des glaces, disons qu’on est quittes -, c’est pas pour frimer, mais je sens bien que je commence à m’encrouter, genre vieux tatou saisi par l’arthrose. Plus j’avance en âge et moins je comprends l’époque qui m’entoure. Alors, de deux choses l’une, soit je deviens complètement con, soit ce sont les autres qui le sont. Et comme j’ai un rien d’estime et d’amitié pour ma rotonde personne – même si je mange nettement moins ces temps-ci, rapport à l’opération citée plus haut, mais l’essentiel n’est pas là -, j’ai tendance à penser que ce sont les autres qui plongent dans la connerie militante.

Attention, qu’on me comprenne bien, je ne fais pas ici le panégyrique d’un Âge d’or fantasmé, pour autant que je me souvienne de ma jeunesse et mon adolescence, pour heureuses et amusantes qu’elles aient été, ne se passaient pas dans un monde idéal, loin s’en faut ! Les femmes étaient traitées comme des mineures, on disait « youpin », « bougnoule » ou « négro » sans se poser de questions, la nuit, des milices de beaufs avinés faisaient la chasse aux PD et ça, ce n’est que pour la société. Ailleurs, on se foutait joyeusement sur la gueule au nom de l’Occident ou de la Révolution, les Russkofs allaient nous faire la IIIè guerre mondiale, si les Ricains n’avaient commencé avant et les famines se multipliaient d’Afrique en Asie. Autour de notre pays démocratique, on trouvait deux dictatures fascistes au sud, plus une en Grèce et tout un paquet de Démocraties Populaires aussi dictatoriales à moins de 5 heures de route de Strasbourg. Sans oublier les boat-peoples, les bidonvilles aux portes de nos cités, les milices patronales, les défenseurs de l’auto-défense et les excités de la gâchette made in Extrême-gauche… Alors, le « c’était l’bon temps », merci, mais ce sera sans moi !

N’empêche. Il n’y a pas plus longtemps qu’il y a quelques jours, attendant le 20 heures ou la messe du dimanche, va savoir, j’entends d’une oreille distraite un tombereau de pub, tombereau dans lequel surnage une gentille petite mélodie qu’instinctivement je reconnais et me mets à fredonner. C’était « Oh, la belle vie » de Sacha Distel. Alors, certes, si vous avez moins de 40 piges, il y a de fortes chances que ce nom ne vous dise rien, mais ce n’est pas grave, je vous demande de me faire confiance encore 3 minutes, histoire que je vous expose mon point de vue. Donc je yaourte entre mes dents cette bluette en me demandant ce que devenait ce bon vieux Sacha, ah oui, merde, il est mort, c’est bien du malheur, bon, c’est pas tout ça, mais où sont donc les coquillettes ?

Et, tout doucement, rien qu’en pensant au crooner à la Française, je commence à me faire une drôle de réflexion. Je me dis que ce genre de chanteur là n’existe plus, que le style a disparu. Notez bien, je n’étais pas fan du genre bellâtre beau brun, « Un dernier drink, petite ? », décapotable sur la Croisette et chemise ouverte sur le mohair et en plus, le jazz m’emmerde plus souvent qu’à son tour – mais moins souvent que le blues, soyons honnêtes -, bref, je n’ai pas l’once d’un titre dudit Distel dans ma discographie et je le vis bien. Mais en y repensant un peu, je me rends compte que ce roucouleur bronzé 365 jours par, H24, dents blanches et col pelle à tarte couvrait un secteur disparu de la chanson française, la chanson optimiste, segment musical qu’il partageait avec Henri Salvador, tiens un autre élève de Ray Ventura, comme quoi, y a pas de mystère. En allant plus loin, je me rends compte que les derniers chanteurs rigolos – si j’ose dire… – genre Patrick Sébastien, se sentent aujourd’hui tenus de faire dans la pensée profonde et l’analyse de société. À deux balles, certes. Mais tout de même.

Et c’est là que j’ai finalement un petit bout de regret. On en a fait quoi, de notre optimisme, les gars ? Quand sommes-nous devenus collectivement des dépressifs chroniques ? Ça ne vous manque pas, l’avenir riant ?

Parce que moi, si, un peu, au fond…

« Ô la belle vie, sans amour, sans soucis, sans problème… »

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

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