Retrait de penser
Par Thierry Rocher , le 22 octobre 2019

Thierry ROCHER renvoie la censure

Pour avoir voyagé une journée de grève (surprise); je dois dire que je suis épaté par les passagers qui restent calmes dans l’attente d’un train qui ne part pas avec dans la main un billet réservé depuis plusieurs semaines. Épaté aussi devant le calme obligé des employés qui ne peuvent que subir la situation en distillant les mauvaises nouvelles.

Je suis solidaire avec les gens qui luttent contre l’exploitation des travailleurs et tout le tintouin qui broie l’opprimé (un peu de dérision dans ce monde de brutes!) mais résolument contre l’irrespect, une notion que tout le monde refuse de subir mais pas d’appliquer et qui reste malheureusement à géométrie variable.

Le corporatisme, c’est pousser à l’extrême ce sentiment humain très répandu qui fait croire que le voisin est privilégié et a des avantages sociaux que l’on n’a pas. Le voisin vit dans l’insouciance de ses privilèges alors que soi-même, on fait face aux pires difficultés quotidiennes que personne ne soupçonne. Le corporatisme et en corrélation la notion de bouc émissaire qui a dû être inventée à la même époque; notions largement développées dans les différentes catégories sociales afin de donner une justification aux frustrations, dans une bonne conscience collective.

Après l’accident de train de la semaine dernière, cause de tous les maux et le droit de retrait surprenant, beaucoup ont pensé à un alibi pour annoncer les prémices de la lutte contre la réforme des retraites. Une forme d’avertissement à la direction et au gouvernement.  Il va sans dire que tout un chacun peut s’élever contre le fait que le conducteur soit le seul employé de la SNCF à bord d’un TER. Mais la possibilité de remettre une deuxième personne à bord fait parti des vœux pieux depuis longtemps enterré par le modèle économique de l’entreprise. On peut être contre mais à quelques mois de la mise en concurrence européenne, il convient de prendre en compte certaines perspectives.

En toile de fond, bien sûr, la réforme des retraites. Cette fameuse retraite, objectif d’une vie!

Ah, les acquis de la retraite! Je dois dire qu’en écrivant ces quelques lignes me ramenant de Bordeaux à Paris, j’ai pensé à l’équipe du train obligée de pelleter des tonnes de charbon pour faire avancer le TGV! Et on voudrait que ces travailleurs partent à la retraite après 50 ans, c’est scandaleux!

Dans notre société, la solidarité des cheminots n’est pas un vain mot, enfin, la solidarité de leur profession. Faut pas déconner, chacun sa merde!

En attendant, est-ce que le respect s’apprend? Est-ce que lorsqu’on ne respecte pas les autres on peut demander à être respecté? Alors le droit de retrait? Il parait que ce n’est pas la grève. Il vaut mieux l’appeler grève surprise, car il y a un côté festif dans la surprise.
Début décembre, pas de surprise, l’annonce est passée, on va avoir droit aux méthode d’action vieilles de 50 ans, de ce côté-là, pas de surprise non plus à attendre!

Par Thierry Rocher

 

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