La retraite pour quoi faire?
Par Thierry Rocher , le 12 novembre 2019

Thierry ROCHER renvoie la censure

Le thème de la retraite déclenche une multitude de questions mais on se pose rarement les bonnes. En premier lieu, l’âge de la retraite. La pénibilité, d’accord même si cette notion reste assez subjective. Le travail de nuit doit-il être traité sur le même plan qu’un travail en plein air, par tous les temps, par exemple? Week-end et jours fériés mobilisés doivent-ils aussi entrer en ligne de compte? Après l’âge, le montant de la retraite!

Si la société s’accorde volontiers sur un minimum qui doit permettre à tout un chacun de vivre dignement, il n’a jamais été question d’un montant maximum alors que là, est la question fondamentale. La retraite (Sécu + complémentaire) doit-elle faire partie des domaines majeurs de la solidarité nationale au point d’affirmer clairement qu’au-delà de 5000 euros par mois, il est indécent de toucher plus, sous prétexte que le troisième âge n’est pas la période de la vie où l’on est censé faire des économies pour l’avenir et qu’un montant qui se situe entre 4000 et 5000 € mensuels permet de faire plaisir à ses enfants et petits enfants sans difficultés. Bizarrement, cette notion n’est jamais arrivée sur la table des négociations, ni dans la bouche de journalistes et encore moins dans celles d’hommes politiques directement concernés et notoirement représentants du peuple. Une telle mesure restrictive ne causerait pas un enrichissement impressionnant du budget national mais l’exemple d’efforts financiers, de hauts fonctionnaires évoluant dans de multiples ministères, de militaires hauts gradés (dont la période retraitée est aussi longue que la carrière active), des hommes politiques de tous niveaux, ou des membres fantômes de conseils d’administration de boites du CAC40 servirait de justification à la plaisanterie affichée sur tous les frontons: « Liberté, égalité, fraternité. »

Les questions actuelles sur les retraites permettent d’éviter soigneusement les interrogations que tout un chacun devrait se poser sur le pourquoi de son travail, les conditions de celui-ci, et l’indignité au quotidien souvent nécessaire et qui s’efface rapidement avec la régularité de son bulletin de salaire, sésame de la consommation. Par définition, une question est bonne quand on comprend qu’on peut y répondre ou qu’on maitrise tous les éléments pour noyer le poisson. Mais si on prenait le temps de se poser pour réfléchir deux minutes, on se dirait qu’après des vies actives passées dans l’inégalité sociale, il serait temps que la retraite serve de zone d’équilibre pour tenter de s’approcher de l’équité avant d’en être contraint et forcé au cimetière.

On nous parle régulièrement des gens qui s’ennuient, une fois qu’ils ont quitté définitivement leur travail, ça prouve bien qu’il faut que la retraite soit modulable; des âges différents et à temps partiel, et pour les séniors les plus imaginatifs, le théâtre, le chant, l’écriture ou les Restaus du Cœur, enfin tout ce qui donne une raison d’être au temps qui passe et la compréhension des actes gratuits. Alors faut-il attendre d’avoir des problèmes physiques inéluctables avec l’âge pour se sentir en accord avec son travail et se dire qu’on fait partie des privilégiés qui ont choisi leur activité?
Avec les années qui s’accumulent, on ne maitrise pas la bonne marche de son corps mais si on sent que les réponses qu’on nous sert sont fausses, soyons d’abord dans la vérité pour ce qui est des questions, histoire d’être en compagnie de la vie pour accueillir la mort.

Par Thierry Rocher

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