Rien à dire

par | 17 Mar 2020

NAQDIMON fait son malin

Ben, je voudrais bien vous y voir, vous, à commenter le bordel ambiant ! Parce que, quand il s’agit de dégoiser sur les choses de la vie et la vie du Petit Chose, moi qui vous cause hebdomadairement de ce qui me reste sur l’estomac que j’ai pourtant développé, je n’ai pas de soucis. En fait, pour être honnête, vous me refilez un sujet sur lequel j’ai une vague opinion et paf, je vous ponds deux pages en ©Word et voilà l’travail, c’est un métier, p’tit gars, même pas un talent. Ouais, mais ça, c’est quand tout va bien, quand Jupiter Macron use de son déconomètre au taquet, quand Camarade Jean-Luc brame des conneries ou quand l’Extrême-Blonde vomit sa bile, voire quand les antivax platistes scientophobes primaires ou les religieux, tout aussi primaires, d’ailleurs, font résonner leurs claque-merdes. Là, no problemo, je peux dérouler le propos comme qui rigole, balancer deux ou trois fions à ces glandus, en profiter pour vanner Sibille ou Ranson, et emballé, c’est pesé, voyez caisse, bien le bonjour chez vous !

Tiens, même sur des sujets que je maîtrise moins, comme l’enseignement, le foot, la bagnole ou la vie sexuelle des pangolins, je peux encore ouvrir ma grande jatte, c’est juste une façon de voir les choses. Car, comme tout bon Français, je suis à la fois prof de bahut, sélectionneur de l’Équipe de France de balle aux pieds, constructeur automobile et sexologue. Faut pas me la faire à l’envers, un Ricard®, deux minutes de réflexion et c’est parti pour le raisonnement de l’année, enfin du mois, disons de la semaine et on sera déjà pas mal. Bref, je l’ouvre à la demande de moi-même et je m’en trouve plutôt bien. Sauf que là, ça ne marche pas. Mais alors, pas du tout.

De quoi t’est-ce que je vous cause ?

Mais du Covid 19, évidemment et des mesures prises par le gouvernement rapport à ce virus qui vient nous péter les balloches à l’insu de notre plein gré. Au début, faut bien le dire, on ricanait un peu de ces Chinois paranos à mort qui t’enfermaient 36 millions de citoyens dans leurs appart, coucouche panier, papatte en rond, tout ça pour une mauvaise grippe, ah, la, la, c’est rien que des gros pétochards, ces mec-là, franchement, ils en font trop. Mais quand la communauté scientifique pas plus tard que juste après le début de l’épidémie s’est mise à chanter le grand air de la mort qui tue sur tous les tons, on a commencé à faire moins les malins, de ce côté-ci de la planète. Déjà que ça ne nous amusait pas des masses de nous passer de tout ce que les heureux habitants de la si douce et si libre République Populaire de Chine – en règle générale, quand un pays ressent le besoin impérieux de coller « République » et « Populaire » dans son blaze, c’est qu’il ne l’est pas, justement, populaire et républicain. Ça marche aussi avec démocratique – ont l’habitude de nous vendre et de nous acheter tous les mois, voilà qu’on s’apercevait que si demain, l’Empire du Milieu – c’est pour éviter de répéter Chine, ah, merde, c’est fait ! – nous fermait ses portes à la gueule, on aurait l’air malin, vu tout ce qu’on y fait assembler et créer. Mais surtout, on s’est rendu compte qu’on pouvait oublier Tintin et le Lotus Bleu ou les 55 jours de Pékin, bref, qu’on pouvait remiser l’image du coolie chinois analphabète au musée des colonisateurs méprisants et que les médecins chinois – petite précision, en passant. Je parle ici des médecins chinois qui pratiquent la médecine moderne, dite EBM, Evidence Based Medecine, la médecine scientifique, en somme, pas de ceux qui font bouffer de la corne de rhino râpée pour faire bander –, aussi capables et informés que les toubibs occidentaux, étaient dans une merde noire. Et que le virus, lui, il se foutait bien des visas et des nationalités et qu’il avait déjà réservé pour ses vacances de printemps en Europe.

Et donc, on se prend le Coronavirus, SARS-CoV-2 de son p’tit nom scientifique, en pleine poire et on peut se raconter toutes les histoires du monde, va falloir faire avec. Aussi, avec plus ou moins de délais, on arrive tous aux mêmes conclusions, car les mêmes causes produisent forcément les mêmes effets, on n’a pas trop le choix que de coller toute la population en quarantaine, et, hardi petit, ainsi espérer étaler le pic de l’épidémie afin de pas avoir à traiter tous les malades en même temps et ne pas avoir à tirer à la courte paille qui c’est qui va défuncter ce jour-là. là, tout le monde s’y met, les pays réputés bordéliques comme l’Italie et l’Espagne font les choses en grand et peuvent servir d’exemple à des nations soi-disant mieux organisées comme la France ou l’Allemagne, on s’apprête à sortir le carnet de chèque pour sauver ce qui est sauvable de l’économie et on fait le dos rond.

Et franchement, moi, là-dessus, je n’ai rien à dire. Finalement, peu importe mes opinions sur le gouvernement, le Président – sauf qu’il cause toujours trop longtemps, bien, parfois même très bien, mais putain qu’il est long ! – ou la culotte du pape, l’essentiel, c’est de sauver un maximum de vie. Et tous les toubibs de comptoirs, tous les politologues de bac à sable, tous les analystes en carton-pâte peuvent se raconter toutes les conneries du monde, croire qu’ils disposent de ciboulots plus efficaces et qui s’ils étaient aux manettes, ah, là, on verrait ce qu’on verrait et que ça ne se passerait pas comme ça, mais, finalement, tout ça, c’est juste de la branlette de lapin, et encore, de lapin de 6 semaines. Parce qu’à moins de disposer d’un remède miracle, face à cette épidémie, il n’y a que deux solutions, le confinement global en espérant étaler le pic de diffusion dans le temps ou, à l’anglaise, l’infection généralisée pour que la population développe une immunité naturelle, tant pis pour les dégâts collatéraux, hey, de toute façon, ce sont les vioques qui vont clamser, c’est toujours ça de pris pour les retraites ! Moi, honnêtement, je préfère le choix de Macron, rapport à ce que je ne suis pas vieillophobe.

Alors, il y avait peut-être, certainement, même, moyen de faire mieux, plus malin, moins brutal. Oui, peut-être qu’il n’aurait pas fallu laisser se faire le premier tour des municipales avant d’annuler le second. Mais moi, je n’ai pas le souvenir de chefs de parti demandant ça, la semaine passée. Au contraire. Et comme je ne crois pas que les combattants de la 25ème heure soient autre chose que des opportunistes mal dissimulés, je leur recommande de se la boucler sévère, afin de ne pas passer pour d’imbitables pignoufs. Et, sur tous ces sujets, je m’ordonne à moi aussi de bien fermer ma grande gueule, histoire de ne pas rajouter de conneries aux conneries déjà exprimées.

Et, en plus, ça vous fera des vacances.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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