Romain Bouteille

par | 8 Juin 2021

Je suis un boomer.
Mais, au-delà du fait de me rendre responsable du fait que les Alpes soient à plus ou moins brèves échéance vouées à la pratique du ski nautique, qu’on puisse très bientôt ne pas pouvoir empêcher la banquise de tomber directement dans nos  Ti-punch, et que les les bars puissent sauter dans un proche avenir sauter tous cuits dans nos assiettes, ce statut me procure un certain avantage: celui d’avoir pu, étant parisien à l’époque, assister en direct à la naissance du café-théâtre.

Et d’avoir pu assister, et même plusieurs fois, à la plupart des pièces de son génial créateur. Qui, hélas, vient de nous quitter. Cet homme, le Miles Davis de la scène française des années 70, qui a révélé rien moins que Miou-miou, Jacques Higelin, Rufus, Henri Guybet, Patrick Dewaere, et quelques autres encore, ce génie à propos duquel Coluche a dit: «tout ce qu’il ne m’a pas appris, je lui ai piqué», ce visionnaire qui a déclaré lui-même: ««Ma vocation artistique s’est dessinée vers 1955 sous l’angle: trouver un job qui permette de se lever à n’importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance.», a dû écrire et jouer une bonne cinquantaine de «one-man showes», au café de la gare et ailleurs. Sacré taf, en vérité.

Le café de la gare, c’était une foule foutraque et bariolée qui se pressait à l’entrée au 41 rue du temple les soirs de pièces. C’était les comédiens de la troupe, qui accueillaient eux-mêmes, en déconnant, les spectateurs déjà hilares.Sans masque, évidemment. Et qui les faisaient entrer dans la salle d’un confort moins que relatif, mais on s’en branlait grave. Par groupes, après avoir tiré les prix au sort pour chacun d’entre eux avec une roue de l’infortune qui déterminaient si vous alliez payer trente francs, (prix maximum), ou si on allait vous donner un franc, (prix minimum.) Et puis on voyait, à cinq mètres de nous, Romain, Patrick Dewaere, Marie-Christine Descouard, Henri Guybet, Patrice Minet, Jacky Sigaux, Jean-Michel Haas et Philippe Manesse, faire les cons pendant deux heures en nous faisant hurler de rire.

Et on en ressortait regonflé à bloc, je vous prie de me croire.

Puis il y a eu d’autres endroits, d’autres troupes. «Le Splendid», avec Michel Blanc, Christian Clavier, Anne-Aymone, et tous les autres que vous connaissez très bien. Et Le vrai chic parisien, avec la troupe de Font et Val, avec lesquels, beaucoup plus tard, j’ai eu l’occasion de travailler.

Cet univers totalement anar et foutraque manque vraiment aujourd’hui, où l’on ne manque pas, par contre, de stand-up aux vannes aussi systématiques que convenues, et attendues. Mais bon, on a les portables et Tiktok, on va pas se plaindre…

Tiens, petite anecdote: quand j’ai vu Romain Bouteille sur scène, c’était en 1977, et Coluche était une star depuis déjà quelques années. J’ignorais son passé, à Romain, mais la première chose que je me suis dit, c’est: «putain, il est gonflé, ce mec, il a intégralement copié la façon de parler de Coluche. A la perfection, en plus!»

Requiescat in pace, Romain. Et pensées à Saïda, ta chérie. J’ai eu l’occasion de te rencontrer deux ou trois fois, et à chaque fois, ce fut un moment d’humour et de gentillesse. Que la terre te soit légère.

Par Christophe Sibille

Par Christophe Sibille

Christophe Sibille a enseigné la musique à de futurs instituteurs durant 32 ans. Il a aussi écrit des brèves pour plusieurs journaux satiriques ou humoristiques dont Charlie Hebdo. Dans les années 80-90, il accompagna le duo Font et Val au piano. Il anime sur Radio Balistiq l'émission "Le Balistiq café" tous les jeudi 19 heures
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