La satire en fer de lance
Par Anthony Casanova , le 25 juin 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Cette semaine, nous avons la satisfaction de vous proposer le cinq-centième numéro du Coq des Bruyères. Notre «aventure», permettez-moi de la nommer ainsi, démarra en 2006 lorsque Denis Zavarise nous proposa, à Patrick Font et à moi-même, de faire évoluer le blog que nous alimentions vers le format d’un journal satirique, numérique et hebdomadaire.

Sur la forme, le pari du Coq des Bruyères relevait de l’utopie pure et simple: un journal gratuit et sans pub réunissant une bande hétéroclite pour le doux plaisir de cultiver l’art du débat et de la discorde. En 12 ans, c’est au final une trentaine de signatures qui ont joué le jeu du Coq des Bruyères, le tout premier journal satirique numérique en France. Signe du temps qui passe, vous pouvez regarder l’ensemble de la presse satirique actuelle, et vous y trouverez presque systématiquement une plume présente ou passée du Coq des Bruyères.

A mon sens, un journal satirique doit se poser la question des tabous de notre société, en cherchant comment rendre leur critique euphorisante. Aujourd’hui, par exemple, nous sommes gavés d’images violentes. Il ne faut pas moins de 5 minutes pour trouver sur le net de la zoophilie, de la scatologie, du sang…  les codes ont changé, la violence ne choque plus. Elle est assimilée, ingurgitée, et assumée dans la grande majorité des émissions de télévision. Plus besoin de représenter de la merde au sens propre pour figurer celle de la société, vous n’avez qu’à regarder TF1, NRJ12 ou C8 pour vous prendre un étron dans l’œil ! La subversion est ailleurs. La satire n’est pas une finalité, c’est la forme littéraire ou graphique au service d’une pensée. Il ne faut pas se priver d’être outrancier mais un «gros mot» se doit d’être au service d’une bonne grosse idée, sinon ça n’a aucun intérêt.

La ligne éditoriale du Coq des Bruyères peut se résumer ainsi : athée, laïque et libertaire. Sous-entendu, un journal se voulant être du côté de l’émancipation de la société. Une émancipation sociale et sociétale. Un journal dont les coups de gueule ont pour cible l’obscurantisme religieux, le fanatisme, les discriminations (sexisme, antisémitisme, homophobie, racisme, xénophobie) et ce que l’on nomme le «libéralisme économique» qui a l’idée lumineuse d’appauvrir le monde pour qu’une poignée de connards puissent ne plus savoir comment dépenser leur pognon.

L’un des pièges dans lequel s’embourbe certains de nos confrères, c’est de tomber dans un manichéisme, aussi absurde que néfaste, consistant à ne voir le monde qu’entre les gentils de gauche et les méchants de droite. Avoir un bon gros ennemi commun, une sorte de grand Méchant loup de droite, c’est pratique pour ne jamais avoir à traiter du totalitarisme qui a souvent le vent en poupe à l’extrême gauche. Non, n’en faites jamais la critique sinon on vous accuserait de traîtrise ou d’être à la solde de je-ne-sais-qui en étant vendu à je-ne-sais-quoi. Alors, pour éviter un «procès» en hérésie, on finit par faire de l’insolence pépère. On aime les gentils cocos chantant Fidel et Chávez, les sympas anars haïssant les Juifs et les sionistes, les funky trotskistes mélangeant Marx et Mahomet,  Pourquoi ? Parce qu’ils sont tous contre la droite-caca. Lorsqu’un journal ne pratique pas l’autocritique ou la critique des certitudes de son lectorat, ça devient un journal de dévots.

Bref, 500 numéros, c’est l’occasion pour toute l’équipe de prendre notre pause estivale, en vous donnant rendez-vous le 4 septembre. Il me serait impossible de vous dire combien de numéros du Coq des Bruyères suivront et combien de temps cela durera encore mais, quoi qu’il en soit, nous essayerons, sans aucune modestie, d’être à la hauteur de notre prétention: faire rire et réfléchir. Faire un journal d’opinion pour commenter et analyser l’actualité via ce fameux pas de côté si cher au monde satirique.

PS: En ajoutant une pensée pour Denis Zavarise et Patrick Font, je me permets de remercier très chaleureusement, celles et ceux qui font, ou qui ont fait, le Coq des Bruyères. Et puis, certes, c’est un peu démago mais je vous adresse (au nom de toute l’équipe) un grand merci, à vous qui nous lisez, qui êtes d’accord ou pas d’accord, mais qui venez quand même chercher chez nous de quoi nourrir vos réflexions.

par Anthony Casanova

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