Si vis pacem Kalachnikov (1ère partie)
Par Christophe Sibille , le 17 novembre 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

« Faut-il avoir peur ?
-Oui.
-Non. »
Enfin, oui, et puis non.D’abord, oui. Je pense qu’il est totalement inhumain de ne pas avoir été en état de totale sidération, (et, à cet égard, ô ma lectrice, tu remarques certainement à quel point le substantif « sidération » colle mieux à l’état qu’il représente que le participe passé qui lui est associé), en réalisant qu’un quasi post-ado peut mitrailler froidement d’autres quasi post ados simplement venus passer un bon moment. Dans la chaleur de l’amitié, de la musique, d’un verre de bière, d’une amicale partie de ballon.
Crois-moi, ça, ça me fout une trouille verte.
Mais pas le même habillé en kalashnikov qui s’embusquerait derrière moi quand je pars acheter mon litron de rouge chez l’épicier maghrébin. Lui, je le hais trop pour en avoir la trouille.
Non plus, à Noël, dans le métro parisien, l’idée qu’un autre mononeuronal fanatisé dispatche sa misérable viande avec la mienne sur les vitres de la rame 112 de la ligne 6. Avec le hurlement d’usage qu’il pousse en réalisant que sa fatma est allé s’éclater différemment au bistro sans lui. (Téléphonez-moi si vous l’avez comprise, celle-là, mais je vous préviens, elle est très con, je ne suis pas dans mon assiette. Ni dans mon verre.)
Non.
J’essaie d’analyser. Car si la peur n’évite pas le danger, elle y contribue largement … Elle aide à vivre avec. Pardon. Je dis n’importe quoi.
Ce qui me fait trembler, c’est de réaliser que, par jalousie de se trouver dans l’incapacité totale de jouir de ce que ce court passage dans cette vallée de larmes peut apporter de grand et de bon aux misérables bipèdes qui la peuplent, des crétins veuillent, et surtout puissent, en priver de moins sots qu’eux. Moins sots qui ont compris que la seule fin en soi était de tenter de trouver cette joie, et de l’atteindre.
C’est aussi la bêtise de ceux qui veulent coupdepiedaucuter les terroristes hors de France, et les renvoyer chez eux.
ILS SONT FRANCAIS, ESPECE DE … … La Reine me pine, qui lance sa campagne électorale au moment précis où les partis normaux ont la décence de stopper la leur.
C’est aussi la crétinerie de la progéniture d’un ancien président un tantinet nerveux.
Et évidemment la veulerie de son père. Paternel qui aurait donc eu double avantage à utiliser le temps pris pour insulter son successeur à baffer son jus de burnes.
C’est aussi de réaliser, l’oreille rivée à ma radio comme les yeux de DSK sur un décolleté, que, comme tout bon fascisme, Daech est super bien organisé à sa tête (de nœud). Qu’elle possède des bonnes et belles banques. Qu’elle rackette les populations sous sa coupe.
Oui, ma lectrice, exactement comme le fera vraisemblablement la grosse vache d’un peu plus haut quand elle sera au pouvoir. Bien vu.
Alors, j’essaie de diluer ma peine, de réfléchir, et de penser.
Je n’ai plus peur, il ne faut pas. J’ai décidé d’arrêter.
Je pleure. De manière quasi continue, depuis trois jours. Avec quelques pauses pour picoler. Et pour ponctuer mes pleurs d’un éventuel éclat de rire sur les réseaux sociaux. Ces lieux schizophrènes, où la plus sublime déconnade alterne avec l’ignominie la plus crasse.
Et où s’égrène la liste des victimes au fur et à mesure qu’elles sont identifiées.
Alors, je repleure.« Je tourne en rond
Qu’est ce qu’on peut faire ?
Sinistres cons
Je désespère … … … »

Non, enculé de ton prophète de djihadiste, ne cherche pas. J’ai beau avoir la barbaque et les boyaux de la tête passés à l’attendrisseur, je ne te trouverai aucune excuse.
Vengeance contre la colonisation, le non traitement de la cause palestinienne, les marchés français avec les monarchies du golfe, mon cul. Non. Je m’en bats les couilles.
Les couilles que tu n’as pas, toi qui tire à l’arme de guerre sur des jeunes qui n’auront eu comme dernière vision de ce monde que ta tronche d’immondice.
Qui sont morts uniquement parce qu’ils savaient jouir de la culture, du vin, de la joie d’être ensemble. Et se retrouver, après, dans les bras de celle ou de celui qui l’aime et qu’il aime. Pour une effusion des corps multipliée par celle des cœurs. Insupportable pour un mort vivant.

« Au printemps, je vais quelques fois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien. (Omar Khayam). »

Mais, pauvre con de barbare de mes deux, qu’imagines-tu sérieusement qu’elles puissent te dire, après ça, les soixante-douze tendres vierges qu’un autre enculé d’imam exciseur et tortionnaire de femmes t’a fait miroiter ?
« Viens, mon chéri, oh, oui, je l’aime, ton canon de 36, oh, oui, mets le moi, oh oui, vas-y, miam ! »
Ah, j’aimerais la voir, ta gueule, à ton arrivée au pandémonium des crétins. Et voir Belzébuth te sodomiser à sec, et te révéler tes pulsions sadiques de refoulé misogyne. Toi qui te hais au point de te supprimer en entraînant avec toi dans le néant ceux qui savent s’aimer.
Dans un orgasme désespéré et déchirant. Désespérant et déchiré. Bien fait pour ton cul.
Mais non. Tout compte fe préfère avoir une pensée pour ceux que tu as envoyés en haut. Et de celles qui sont déjà sur les genoux de Wolin, ou attablées en train de boire un verre d’ambroisie avec Cabu et Tignous.

par Christophe Sibille

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