Sortez recouverts
Par Naqdimon Weil , le 4 décembre 2018

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause toutes les semaines de mes états d’âme rapport à l’actualité du moment, je ne vais pas me faire que des copains parmi les lecteurs du Coq, mais je vous le dis tout net, les Gilets Jaunes, je trouve ça moche. Comme vêtement, je veux dire. Parce que comme mouvement révolutionnaire, je trouve ça plutôt rigolo, ces braves gens qui veulent tout et son contraire, qui reçoivent le soutien des plus bobos de mes relations et essuient le rejet des plus prolétaires de mes contacts et qui, au final, finit par ressembler au Movimento 5 Stelle, le Mouvement 5 Étoiles italien, ce conglomérat populiste qui s’est acoquiné avec l’extrême-Droite pour prendre le pouvoir… Tiens, c’est moins rigolo, vu comme ça.

Et donc, pendant que nos amis de la médiasphère s’égosillent sur les déprédations du moment de Jill et John, une info est passée un peu inaperçue dans le flot des porteurs de surcots saures – évitons la répétition avec grâce -. C’est cette histoire concernant ces femmes et hommes de ménage de la société Elior, condamnés à rembourser des primes, primes qui leur avaient été attribuées par deux jugements précédents pour une histoire de fusion-acquisition, bref, un truc juridique compliqué et qui met ces braves gens dans une merde noire. Et comme, quand vous êtes dans la merde, il y a toujours une bonne âme pour songer à poser son pied sur votre tronche et à appuyer, voilà les bouffeurs de cadavres qui débarquent, les vautours attaquent en piqué, les asticots se préparent au festin, bref, voilà qu’arrivent les sociétés de recouvrement.

Oh, putain, la vache, nom de Dieu de moi-même, mort de mes os et que le cul leur pèle et que les bras leur poussent trop court pour qu’ils puissent se gratter, qu’est-ce que je ne peux ne pas les blairer, ces boites-là. Entendez-moi bien. Je milite – enfin, quand je dis je milite, j’exagère un peu, en fait, je me contente de râler sur le sujet en buvant l’apéro avec les copains – pour le principe de la responsabilité individuelle, quand on emprunte du blé à un escr…, heu pardon, à une banque ou à un malfr…, heu, non, à un organisme de crédit, la logique, c’est de rembourser. Ça, ça s’appelle la logique de responsabilité, j’admets, c’est même la Loi, le genre de Loi qui évite que les gros costauds piquent les sous des petits malingres et que des types aux faciès patibulaires viennent vous péter les genoux pour récupérer le fric qu’un quelconque requin de bas étage au costard rayé et aux bagouses apparentes vous a prêté dans l’arrière-salle crapoteuse d’un troquet sordide. Cela est bel et bon et je ne vais pas remettre le principe du Crédit et du Capitalisme en question dans cette chronique, y aurait trop à dire.

Certes. Mais ces espèces de faux-culs qui se nourrissent sur l’endettement d’autrui et qui viennent en plus vous faire la morale, en vous expliquant que vous devez du pognon à des organismes qui ont le cul tanné sur un tas d’or, en vous regardant comme le dernier des derniers, c’est plus fort que moi, ça me donne des envies de batte de baseball à leur éclater dans la tronche. Cette bande de mauvais croquemorts prêts à festoyer sur la ruine des petites boites et la vente des derniers bijoux en pierres semi-précieuses que Mémé avait laissé avant de calancher, ce n’est pas la lie de l’humanité, c’est pire. Je suis bien certain qu’en rentant chez eux le soir, les employés de ces usines à merde doivent passer se rincer le gosier au White Spirit, histoire de ne pas vomir quand ils croisent par hasard leurs tronches de vautours de mauvais western dans le miroir de l’entrée. Allez, je vais rester humaniste, je pense même qu’ils essayent, enfin, que certains d’entre eux essayent d’arranger les bidons des affaires les plus tragiques. Disons que je me raconte ça pour ne pas désespérer tout à fait de la race humaine dans son ensemble…

Alors moi qui ricane bêtement de Jill et John, mais qui sait ce qu’est avoir ce genre de vérole au cul, je préfère adresser toute ma sympathie et ma solidarité à ces braves employés de la société Elior – notez bien, Elior, des fois que vous auriez un prestataire de ménage à choisir… – qui, 10 piges après avoir reçu une carotte, se font dépouiller, comme au coin d’un bois, par la bande de margoulins sans foi ni loi des sociétés de recouvrement.

On a les solidarités qu’on peut.

par Naqdimon Weil

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