Sous le sable
Par Manon , le 26 mars 2013

MANON et les filles de joies

– Bonjour, je m’appelle Léon, j’ai 55 ans et j’aimerais vous rencontrer. Est-il possible de prévoir une soirée de quelques heures la semaine prochaine ? Seriez-vous d’accord pour boire un verre et manger avec moi ?
– Bien sûr, avec grand plaisir.
– En fait, je ne vous appelle pas pour une prestation sexuelle… enfin, si, peut-être, mais ce n’est pas mon envie première. Voilà, je suis veuf, j’ai perdu ma femme il y a 2 ans et depuis… et bien depuis, je n’ai jamais réussi à rencontrer une autre femme, je ne sais pas… c’est compliqué. Mais la solitude me pèse, et j’ai envie d’un moment de douceur et de tendresse. Et si nous nous entendons bien, et que vous acceptez que nous fassions l’amour, sachez que je n’ai jamais été une bête de sexe, et là, ça fait quand même 3 ans que… Vous comprenez ?
– Oui, je comprends. Vous savez, je ne cherche pas non plus à grimper aux rideaux lors de mes rencontres, je préfère un moment câlin plutôt qu’une « baise », excusez-moi pour le terme, j’aime qu’on fasse attention à moi.
– Ca me va, de toute façon, je vous dis ça mais je ne suis même pas sûr qu’on aille jusque-là.
– Aucun soucis, on verra bien comment se déroule la soirée. Je suis libre vendredi soir si vous voulez ?
– C’est parfait pour moi, 20h c’est bon ? Mais je ne sais pas encore combien de temps, on peut partir sur 3h et voir comment cela se passe ?
– Oui, on peut faire comme ça.
– Super, je vous confirme le rendez-vous vendredi matin, et vous me direz ce que vous aimez, j’irai faire les courses pour nous faire un bon repas.

Le vendredi suivant, Fantine reçoit un appel :
– Bonjour, c’est Léon, nous avons rendez-vous ce soir… écoutez… en fait, je ne pense pas être prêt, notre rencontre m’a travaillé toute la semaine, et je suis désolé de vous prévenir un peu tard mais je préfère annuler. Vous ne m’en voulez pas ?
– Non, si vous n’êtes pas prêt, il vaut mieux ne pas se voir. Ca serait désagréable, vous allez passer une mauvaise soirée et moi aussi.
– Merci, c’est gentil. Bonne journée, et encore désolé.

Quelques mois plus tard, Léon reprend rendez-vous avec Fantine pour une soirée. Quand elle arrive, il n’est pas très à l’aise, il l’invite à s’installer en terrasse, face aux champs de tournesols, et lui sert un verre. Fantine commence à le questionner sur des banalités, histoire de le décontracter un peu… après avoir parlé de son boulot, du dîner du soir… le voyant plus à l’aise, elle décide de le titiller un peu :
– Ta maison est superbe, par contre le jardin… y’a du laisser-aller cher monsieur !
Léon redevient sérieux, tripote son verre.
– Le jardin… c’était le grand passe-temps de ma femme. Depuis sa mort, je ne m’y penche pas trop.
Fantine est embêtée, elle qui voulait éviter de parler de sa femme, elle vient de mettre les deux pieds dans le plat !
– Même épuisée par les chimios, elle était tout le temps dehors à planter, tailler…
A la grande surprise de Fantine, il se met à lui parler de sa femme, leur rencontre, leurs enfants, sa maladie, l’hôpital, les soins palliatifs, et puis sa vie de veuf, elle l’écoute attentivement ne sachant pas trop quoi dire. Ils papotent de la vieillesse, de la maladie, de la fatalité durant près d’une heure et demi, buvant et mangeant.
– Vous savez, longtemps je me suis refusé de rencontrer une autre femme, j’aurais eu l’impression d’être infidèle. Mais il faut bien continuer à vivre.
Il marque un silence puis se tournant vers Fantine :
– Je peux vous embrasser ?

par Manon

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