Suicide démocratique
Par Anthony Casanova , le 21 mai 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Voici venu le moment tant attendu par celles et ceux qui s’intéressent à notre société: les élections européennes! Oh la bonne nouvelle! Celles et ceux qui minimisent toutes les autres élections en concluant que «ça ne sert à rien de voter car tout se décide au Parlement européen» auront enfin l’opportunité de donner leur avis, et c’est pourquoi… ils ne le feront pas. Eh oui, nous prévoyons une abstention record pour cette élection. Si la devise de l’Union européenne est «Unie dans la diversité», celle des Européens semble être «Si c’est là que ça se joue? On s’en fout!».

C’est à penser que ne plus être en guerre ramollit le citoyen. Ce citoyen qui peut vous dire d’un ton péremptoire «l’Histoire est un éternel recommencement» mais qui ne verra aucun inconvénient à vous répondre, lorsque vous lui rappelez les dangers de l’extrême droite, que ce qui s’est passé ne peut plus se passer. C’est ainsi que nous comprenons mieux Thucydide, et que nous pourrions étayer sa maxime ainsi: «si l’Histoire est un éternel recommencement, c’est parce que l’Homme est complètement con».

Certes, l’idéal démocratique, qui remonte à l’antiquité, fut amorcé avec les Lumières mais il n’est notre quotidien que depuis une poignée de décennies. La démocratie, si l’on en croit le nombre de pays qui n’en ont jamais vu la couleur, est aussi rare que fragile. Nous avons tendance à l’oublier mais la très grande majorité des habitants du monde vivent dans des pays où ils ne sont pas plus libres de s’exprimer que de s’émanciper. Ça peut vous paraitre anecdotique mais avoir la possibilité de lire une presse aux opinions diverses, d’aller au cinéma voir des films avec la personne de son choix, de décider de sa contraception, de sortir boire un verre en bonne compagnie, d’avoir le droit de ne pas croire en Dieu, de pouvoir s’énerver contre nos dirigeants publiquement… tout ça, c’est un putain de luxe! Mais nous, pauvres Européens en mal de coups de pied au cul, nous avons décidé que c’en était trop, que les vacances devaient se terminer, alors, petit à petit, l’extrême droite pullule au sein de nos fluettes démocraties.

De là à dire que si l’Homme «descend» du singe, le citoyen européen doit descendre directement du chien, il n’y a qu’un pas que je m’empresse de franchir. Bref, nous sommes des clebs. Nous avons avons besoin d’un maître qui nous file une jolie laisse, qu’il nous dresse pour que l’on se couche dès qu’il le demande et que l’on aboie dès qu’un étranger passe près du jardin pour que notre asservissement compulsif lui permette de poser fièrement sur les limites de son territoire: «attention peuple méchant».
Tel le siècle précédent, ce début de millénaire commence par la question: «démocratie ou dictature?». C’est vrai que «gauche ou droite?» puis «progressiste ou populiste?» ce n’était pas assez couillu. Nous, ce qu’il nous faut c’est la trouille de regarder nos libertés chuter les unes après les autres et, ainsi, nous aurons la joie de découvrir un Parlement Européen truffé de nostalgiques des chemises brunes. Oh le joli tableau, oh la bonne blague, et pendant ce temps, notre gauche nationale ne trouve rien de mieux que de se diviser pour savoir qui prendra la tête de la future alliance qui verra le jour lorsque plus personne n’en aura rien à faire.

En 2009, l’extrême droite en France faisait 6,34%, en 2014 ce fut 24,86%, et, ce dimanche, la famille Le Pen aura la confirmation qu’elle est à la tête du premier parti politique de France. A ce propos, la photo de Marine Le Pen faisant le geste de reconnaissance des suprémacistes blancs n’est pas anecdotique. Bien sûr que nous pouvons la croire lorsqu’elle affirme qu’elle en ignorait la signification mais ce que nous -citoyen- ne pouvons plus ignorer c’est que son parti et ses partenaires européens sont les vitrines de cette engeance. Elle ne savait peut-être pas comment faire le «white power» avec les doigts mais elle sait qu’elle est élue par ceux qui le font.

L’idéal démocratique est toujours mal entouré: d’un côté celles et ceux qui en profitent en oubliant de le protéger les jours d’élections, et de l’autre celles et ceux qui votent dans l’espoir de le faire crever. Lundi prochain, la démocratie prendra son énième gueule de bois en se demandant combien de temps il lui reste avant le coma éthylique.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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