Sunday evening blues
Par Christophe Sibille , le 8 octobre 2013

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Le « Sunday evening blues », vous connaissez ? Moi, oui. Enfin, je connaissais. Jusqu’à une époque assez récente. Et j’ai toujours cru que c’était imputable à des séquelles de préadolescence, quand les week-end ratés en famille, pléonasme, se préparaient mélancoliquement à glisser vers le lundi. Non, Anthony, bien que je connaisse votre goût pour le seul chanteur yéyé qui, bien qu’il ne fit aucun sport, mourut à cause de ses ampoules, pas au soleil, le lundi. A l’école. Faisant succéder une ambiance de brimades personnalisée à mon encontre par mes soi-disant camarades de classe et d’engueulades par tous les profs parce qu’évidemment j’avais eu la flemme de foutre mon nez dans mes cahiers, à un climat d’engueulades entre parents, de disputes entre progéniture, et d’heure du coucher où tout le monde faisait la gueule aux autres.

Alors que bosser eût été le seul moyen de me créer mon ambiance à moi tout seul. Mais non !! Comme disait Monsieur Renault, mon prof de français, trop feignant !! Peut mieux faire !! Et je vous prie de croire qu’au collège, ce n’était pas comme aujourd’hui !! A l’époque, si tu te prenais une péno à l’école, c’était beigne assurée à la maison. Aujourd’hui, si un prof colle une sanction à un élève, les parents collent un marron au prof. A moins que le gommeux hypertrophié de l’ego dès la naissance et trop bien nourri la lui ait balancée lui-même avant même qu’il ait eu le temps d’attraper son stylo. Bref.

Donc, le Sunday evening blues, ce n’est pas une fatalité. Tout d’abord, une bonne psychanalyse de quelques années. Quelquefois, ça ne peut pas faire de mal. Et, plus prosaïquement, quand l’allongeur sur divan a fini de vider votre compte en banque, remplacer la grasse matinée dominicale suivie de peu par le plateau de charcuterie – bœuf bourguignon – plateau de fromage – tarte tatin chantilly, le tout copieusement arrosé, après quelques verres de pastis, d’un sérieux Bourgogne, avec une lichette de blanc moëlleux pour le dessert. Pardon, Thierry ? Je n’ai pas fini ma phrase ? Ah, oui, pardon !! Remplacer tout ça, donc, par un lever à huit heures et demie et, après un petit déjeuner composé d’un verre de jus d’orange, une banane et un café, un bon footing et, sur le coup de treize heures trente, une douzaine d’huîtres arrosé d’un très bon Sauvignon du Loir et Cher, qui non seulement ne vous aplatira pas la bourse mais vous les fera frétiller d’aise !! Surtout si vous partagez ce mâchon avec une compagne qui partage votre goût pour les fruits de mer !! Ne cherchez pas d’allusion salace dans cette dernière phrase, je vais vous faire gagner du temps, il y en a bien une.

Et puis, la musique. Ce qui pouvait de temps en temps me faire replonger dans une sorte de monday morning spleen, malgré mon mode de vie dominical d’anachorète, c’était l’instant d’arnaque pure où, le lundi matin à sept heures vingt-trois, Patrick Cohen nous annonçait « et maintenant, la musique », en laissant son micro à Didier Varrod. Paroles qui prouvaient, au mieux son inconséquence au pire, son sens du foutage de gueule. Avec la nouvelle grille, on pensait qu’ Alain Manoukian, le remplaçant du crypto-ignare onaniste, qui la connaît un minimum, nous nettoierait un peu les oreilles de toutes les scories accumulées depuis si longtemps, et patatras !! Je vous sélectionne son meilleur de son pire : « Nous avons une des langues les moins musicales du monde, avant derniers avant les japonais, c’est dire… Alors le premier réflexe d’un apprenti chanteur pour maquetter c’est le yaourt, de l’anglais de contrebande. Après, il faut se torturer les méninges pour trouver des mots français qui sonnent et fassent sens alors que le moindre chanteur briton qui dit « passe-moi le sel » a l’air de vous faire une déclaration d’amour. D’un côté, des chanteurs à textes mais à la voix anémique et de l’autre des chanteurs à voix aux textes indigents. » Je vous laisse gerber. Prosit.

Hé, alors, duconnaud, Charles Trenet, c’est juste un mec qui a été accusé de pédophilie ? Higelin, un bon père de famille ? Ferrat, Ferré, Bécaud, Nougaro, Magny, Ribeiro, Lavilliers, Couture, Thiéfaine, Souchon, Le Forestier, mais aussi toute la nouvelle génération, celle que tu ne connais pas, parce tu as visiblement du mal avec la vraie langue de Molière, ce sont des sangsues de top cinquante décérébrés abrégés de la rime et de la glotte ? Et ton patron, Philippe Val qui, et là, je ne vais pas me faire que des amis, parce qu’il a pas mal de détracteurs, tu es au courant qu’il a quand même enregistré « Lourdes », « le Miroir », « Ma p’tite chérie », « les Amants », « les Versets érotiques », « Où est le bout du monde », et autres babioles monosyllabiques ?

Grâce à toi, traître parmi les traîtres, oui, je suis d’autant plus en colère parce que tu es musicien, et à tes pairs, ma fille, qui a neuf ans, m’a gonflé tout le week-end avec un pur chef d’œuvre surnageant dans la production actuelle d’étrons. Grâce à ton barrage serré pour empêcher les bons d’être promus. « Bella ». Par maître Gims. J’en ai tenté l’explication d’absence de texte avec elle. Mais je n’en dirai que la dernière phrase, car le temps m’est imparti : « quand je la voi-a-a-a-a-as, j’aimerais dev’nir la chaise sur laquelle elle s’assoi-a-a-a-a-a-at ». Alors, oui, I have a dream. Que la Bella laisse sa place à Gérard Depardieu dans le rôle de l’assis, et que la chaise soit jouée par Manoukian et Varrod. Splaouuuuuuuuuuuusch. « Et maintenant, place à la musique » …

par Christophe Sibille

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