Surdité, surdité, chérie
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

 

«Benjamin Biolay, le fils de Gainsbourg et de Stevie Wonder.» (Laure Adler)
Oui, je sais, le principe, sinon l’intérêt, de cette fameuse citation de début de chronique est d’être, comme disent les défoncés des réseaux sociaux, un «fake».
Là, c’est authentique, elle existe, et elle a vraiment dit ça.
Le Gorafi a du souci à se faire!
Oui, ma chère lectrice. Mais, heureusement, je sais que tu ne sais pas QUE lire. Tu sais aussi auditer. Tu es même une virtuose de l’auditation, j’en veux pour preuve, toute simple, que tu me lis. Et, contrairement à ce dont sont irrémédiablement convaincus les pédagogistes encore bien en place, (pour combien de temps?) au ministère de l’éducation nationale, la simplicité est évidemment souvent synonyme d’efficacité.
Naqdimon, Anthony, Thierry, Romain, vous savez ce qu’est un pédagogiste?

Souvent, un ex enseignant qui a arrêté de faire cours parce qu’il était bordélisé par ses élèves, oui, c’est assez juste. Et qui est donc devenu conseiller pédagogique, oui, juste aussi. Et qui, pour savoir combien de moutons paissent dans un pré, compte le nombre de pattes et il divise par quatre. Juste également.
Et, même par quatre et demi les années bissextiles.
Je prendrai, pour témoin de mon assertion d’entrée, le premier sujet proposé jeudi dernier au baccalauréat de philosophie, à savoir: «suffit-il d’observer pour connaître», que je remplacerai incontinent par: «suffit-il de m’auditer pour m’entendre?».

Oui, ô ma lectrice, tu as, en l’occurrence, très vraisemblablement plus de capacités auditives que cette pourtant par ailleurs immense professionnelle des medias audiovisuels qu’est, donc, Laure Adler.
Dont je vous rappelle brièvement le parcours:
-Titulaire d’une thèse de doctorat en histoire, elle entre à France-culture à 24 ans, en 1974.
-Elle participe régulièrement à la fameuse émission de Michel Polac «droit de réponse», à mon sens une des deux ou trois plus grandes émissions de l’histoire de la télévision publique, donc privée encore plus.
-En 1989, François Mitterrand l’appelle comme conseillère à la culture. (Ne soyez pas mauvais esprit, Anthony, même s’il est vrai qu’elle n’était pas mal gaulée à l’époque, et que Tonton n’était pas spécialement connu pour avoir la bite dans sa poche! Non, pour ce qui concerne la langue, je sais pas.)
-Elle reprend en 1993, et pendant quatre ans, sur Arte, l’émission de Michel Field, «Permis de penser».
-En janvier 1999, elle est nommée directrice de France-culture.
-Et, après moult péripéties dont je ne vous narrerai pas le détail ici, en février 2016, François Hollande lui propose le ministère de la culture.
Et que croyez-vous qu’il advint?
Croyant à un canular téléphonique, elle le refuse.
Tout simplement.

Bref, tout ce cursus montre quand même, et a priori, un esprit relativement bien configuré, et une acuité dans le raisonnement.
Mais, et là, je pose  deuxième sujet du bac philo de cette année, «la raison peut-elle rendre raison de tout?»
Et c’est le moment de rappeler de nouveau la phrase initiale de la belle Laure, putain, c’est dur à dire, mais la suite encore plus à entendre: «Benjamin Biolay, le fils de Gainsbourg et de Stevie Wonder».
Sérieux???
Déjà, pour imaginer le beau Serge en train d’engrosser little Stevie, il faut, à mon sens, avoir de très loin dépassé le stade de la fumette. Mais, au-delà de cette assertion définitive qui nous prouve qu’on peut être à la fois très balèze en histoire et nul en biologie, Laure Adler nous assène du même coup, (et ça va sûrement aussi faire plaisir à la future non députée Najax W.C.), qu’en comparant les textes de Gainsbourg et de Biolay, on peut être titulaire d’un doctorat de troisième cycle universitaire sans savoir lire.
Et puis, comparer ce dernier avec Stevie Wonder, sans déconner, là, je suis comme le deuxième, je ne vois vraiment pas!
A moins que, justement, Laure ne mette à peu près sur le même plan l’acuité auditive du premier et celle, visuelle, cette fois, du second?
Allez savoir.

Donc, pour conclure, très chère lecrice, je te pose mon troisième sujet du bac philo: «y a t-il un mauvais usage de la raison?»
Je ne sais pas combien m’aurait valu ma réponse, mais, pour moi, là, c’est «oui» sans hésiter.

par Christophe Sibille

sibille-by-rodho

# [Les derniers articles de Christophe Sibille]

La une de Charlie