Tarateta soirée
Par Christophe Sibille , le 27 octobre 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Vacances scolaires avec mes filles. Comment les occuper ? On joue, on fait un peu de musique, je leur fais à bouffer, on joue, elles jouent.
Elles passent pas mal d’heures sur leur console « D.S. »
De mon temps, la « D.S. », c’était une bagnole … Quel est le con qui prétend que tout augmente ?
Je suis injuste. J’ai quand même du bol, d’un certain côté. Et elles, encore plus. Elles adorent lire. Toutes les trois.
Et chanter, aussi.
Amie lectrice, connais-tu la fameuse « Cup Song », de Anna Kendrick ?
Tu sais bien ! C’est ce tube, qui mêle fort habilement une rythmique légèrement syncopée à quatre temps exécutée avec un gobelet en plastique, une mélodie  pas trop mal tournée, même si pas très originale, et les six accords habituels.
Le texte, lui, est en anglais. Je ne le comprends pas, ce qui me fait gagner du temps. Et de l’influx nerveux, en ne crisant pas sur sa probable vacuité.
Presque tous les collèges de France l’ont reprise en création collective, il y a deux ans, pour leur spectacle de fin d’année. Une classe ou deux faisant la rythmique, une ou deux autres chantant les couplets,  quelques solistes pour les refrains. Les plus aguerris des élèves de troisième réussissant parfois à combiner voix et gobelet, ce qui n’est pas extrêmement simple.
L’année dernière, les grandes classes de primaire ont pris le relais en s’y essayant aussi.
Dont ma fille, en CM2, qui s’y est usé les avant-bras et les cordes vocales pendant des week-ends entiers. C’est puissamment addictif, ce truc ! Génial ! Niquées, mes siestes !
J’ai découvert samedi soir dernier que sa petite sœur pouvait l’interpréter en entier. Par mimétisme intégral. Texte par cœur. Voix, et gobelet. Tout en même temps ! A sept ans !
C’eût été la gamine de n’importe qui, j’en eus vraisemblablement été scotché.
Comme c’est la mienne, et que je suis un père indigne, et jamais content, je l’ai juste un peu engueulée pour qu’elle chante un peu plus fort, puis je lui ai bricolé un accompagnement au piano, sa grande sœur l’a filmée avec son téléphone,  et on a mis le tout sur « facebook ».
Je l’ai payée d’avance ! Trois fraises tagada, (elle n’est pas encore syndiquée à « Sud Raï!). Je ne suis pas esclavagiste !
Puis on a becqueté. Chinois. Ce qui n’a rien à voir, même pas pour la rime. Et je les ai toutes mises au lit.
Donc, 21H45 , environ. J’allume  machinalement la télé, dont la présélection de la zappette se trouve machinalement sur le 2.
TARATATA !!!
Yessss ! Enfin, des professionnels !! Ca va me changer de la playlist véreuse de France-inter et de son instigateur Didier Varrod, le seul de son espèce à être né avec les boules « Quies » greffées sur les tympans.
Ca commence moyennement. Une blondasse, dont je m’en voudrais de retenir le nom, ânonne une platitude mélodique avec un feeling de « sous Zazie. » Le tout accompagnée par deux piano pour faire le boulot pour laquelle une main gauche seule suffirait largement. Une insulte au développement durable, donc.
Elle a dû coucher pour réussir. Mal, sûrement, vu l’acuité batracienne de son regard.
Tiens, Johnny Hallyday !
Le seul fait qu’on réussisse à le reconnaître aurait tendance à nous prouver que les maquilleuses de France T.V. Sont recrutées à bac + 12. Et qu’on entende son accompagnateur accréditerait l’idée qu’on vient d’inventer la guitare wi-fi ; « mais non, ça s’appelle le HF », me souffle une copine facebookienne, musicienne quoique batteuse-chanteuse.
On poursuit avec un nommé Vianney. Je ne connaissais pas, et je crois que je vais continuer sur ma lancée ; apparemment, son plus grand tube s’appelle : « pas là » ; je trouve dommage qu’il ne l’ait pas mis en application ; à côté de lui, Benjamin Biolay, c’est Jacques Brel !
On continue avec la tribu des Chedid. Heureusement que Mathieu sait jouer de la guitare, sinon, ça ferait autant de peur que de mal.
Une chance, mes préados sont couchées, car voici Maître Gims. J’ai horreur d’avoir l’air du vieux con que je suis. (Alexandrin).
Comme Nagui ne chante pas mieux que notre susnommé rappeur mono-neuronal, ils se contentent de faire tous les deux un concours de chaussures à la con ; heureusement pour eux,  le ridicule ne tue pas les panards !
Aaaaaaaaaaah, chouette, enfin, de la qualité ! Michel Jonasz qui chante Nougaro !!
Ooooooooh, mais nooon ! Pourquoi l’ont-ils déterré ? On dirait Laurent Fabius ! Ca pourrait être très drôle, mais sur « tu verras, tu verras », je me demande si le parti-pris surréaliste d’imiter Harpo Marx en chantant en même temps est vraiment approprié.
Si vous y ajoutez Ibrahim Maalouf, le plus nul des trompettistes moyens, honteusement glorifié par tout le service public audiovisuel français, ça vous donne un épisode ordinaire de baluche de province. Avec le boulard en sus.
« Au moins, avec Souchon et Voulzy, on va terminer sur une note d’émotion vraie», te dis-tu certainement avec moi, ô ma lectrice ?
Las, les hérauts sont fatigués … Je vais aller au lit. Mes ronflements seront plus toniques que leur pensum.
Sur la même chaîne, on avait échappé l’avant veille au phagocytage de la Reine me Pine. Comme l’a dit un philosophe chinois quelconque, « les miracles n’ont lieu qu’une fois. »

par Christophe Sibille

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