Tas de feignants!
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

Évidemment, avec Jupiter Macron qui a tenu le crachoir pendant trois plombes hier à la télé, je pourrais te parler de sa morgue, de son autoritarisme ou de sa façon de se foutre poliment de la gueule des journalistes venus lui demander si la soupe qu’ils lui servaient était assez tiède à son goût. Ou je devrais t’entretenir du massacre de Mogadiscio dont tout le monde se branle, pas demain la veille qu’on verra le drapeau somalien sur la Tour Eiffel, d’ailleurs, tu le connais, toi, le drapeau somalien ? Ou alors il faudrait que je glose sur la tronche de Cantat en Une des Inrock, le journal tellement qu’il est rebelle que ça fait peur, avec une tartine sur l’autre goret de Weinstein et une envolée lyrique sur #dénoncetonporc, pour faire chic. Sans oublier les Kurdes qui se prennent des bombes sur la gueule après avoir servis de troupes de choc contre Daesh, pour un état indépendant, ils vont pouvoir se gratter longtemps. Et les Rohyngas, et Méluche qui perd ses nerfs, et Autain qui a vue la Vierge, et les Catalans qui ne savent plus où ils vont, et les Autrichiens qui eux vont toujours plus à Droite… Bref, y a de quoi faire dans l’actualité.

Sauf que je ne vais pas te raconter tout ça, je vais plutôt m’énerver sur un petit truc qui m’agace de plus en plus et qui s’appelle le travail. Tous, de la Franfe Infoumive à l’extrême-Blonde, en passant par Jupiter et ses illuminés, tous veulent le plein emploi en France. En baissant les charges ou en baissant le temps de travail ou en baissant leur culotte, va savoir, mais chacun y va de sa recette de grand-mère pour refoutre ces feignants de chômeurs au boulot. À l’Allemande, 3€ de l’heure, 3 heures par semaine et t’es plus chômeur, mon gars. Ou à l’Anglaise, « zero hour contract », t’as un contrat sans temps de travail, tu restes chez toi à rien foutre et sans être payé, évidemment, et t’es pas au chômage. Sont malins, ces gens-là. Mais attention, ça va pas se passer comme ça, ici, en France, faut pas tout confondre, on va te bricoler une loi à la mords-moi le Pôle Emploi et paf, 3 ou 4 % de chomedu en moins, t’as vu comment je suis balaise ?

En même temps, chez Amazon, des gens préparent des commandes en recevant des ordres automatisés via une oreillette, impossible de causer quand tu bosses, ça fout en l’air le logiciel, des robots, les mecs. Un vrai scandale, qu’on se dit tous. Tu t’imagines, toi, en train de taffer comme ça, à la commande vocale, 8 h par jour, 5 jours par semaine, pendant 20 piges ? L’horreur ! Mais je te rassure, quand Jeff Bezos aura le temps, il en installera des robots, des vrais en métal et plastique, pour faire ce boulot débile, dans les 5 à 10 ans à venir. Et là, tout le monde viendra pleurer contre la perte de cette mine d’emplois. D’emplois de merde ! Et ça ne concerne pas que les préparateurs de commande, il y a déjà moins de caissières, moins de contrôleurs qualité, bientôt les cours à la fac seront multidiffusés par le Oueb, plus besoin de locaux, un prof pour 5000 étudiants, tu la vois, l’économie d’échelle ? Des milliards en moins ! Et c’est pareil pour tout, j’ai aperçu un reportage sur une machine qui vendange le raisin grain à grain, sélectionnant celui qui est vraiment mûri à point, sans s’arrêter, sans avoir mal au dos, sans écraser le merdier, le rêve du récoltant. Et je ne te cause pas des restos automatisés qui s’installent au Japon ou du logiciel qui écrit des articles tout seul…

Hé, les politiques, vous allez vous réveillez quand ? À quel moment vous allez vous rendre compte que c’est terminé, le « plein-emploi » ? Et que même l’emploi tout court, c’est déjà derrière nous. Quand est-ce que vous comprendrez qu’il va bien falloir y venir au Revenu Universel, pas parce que les gens sont feignants ou cossards, mais parce qu’il n’y en aura plus, du travail ? Et qu’il faudra aussi apprendre à toute une génération qu’on peut vivre et avoir un rôle social sans bosser ou en bossant très peu. Mais non, le cul bien planté dans vos certitudes issues du XIXè siècle industriel, vous continuez à croire à la « valeur travail ». Ne rêvez pas, les gars, le progrès, on ne l’arrête pas avec des coups de menton volontaristes et des phrases toute faîtes. Il reste combien d’ouvriers, dans les usines automatisées ?

Bref, le paquebot avance, on va se prendre l’iceberg sur la gueule et vous, vous continuez à vous engueuler sur la couleur des canots de sauvetage.

On n’est pas sauvés !

par Naqdimon Weil

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