Tchétchénie mon amour
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Les frontières c’est comme le frein à main dans une bagnole, selon de quel côté vous êtes, vous risquez de vous retrouver à la place du mort. Ainsi, si le hasard fut clément, vous pouvez vivre dans un pays où l’on se demande s’il est rigolo qu’un homme de 40 ans puisse aimer une femme qui a l’âge de sa mère. Mais, en revanche, si le destin fut plutôt un beau salaud, vous pouvez essayer de survivre dans un pays où l’on torture à mort un homme parce qu’il aime un autre homme.

Depuis la fin du mois de mars, en Tchétchénie, République musulmane membre de la Fédération de Russie, le despote Ramzan Kadyrov a lancé une opération visant à persécuter les homosexuels. Le récit des exactions que subissent les homosexuels sont atroces: tortures, chantages, électrocutions, humiliations et bien sûr le meurtre. Parfois, sous la demande des tortionnaires, c’est la famille qui doit se charger de l’assassinat pour laver «l’honneur» familial.

Les autorités tchétchènes nient les accusations des ONG et des médias en arguant que «l’homosexualité n’existe pas» en Tchétchénie et donc qu’ils ne peuvent pas «arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République», avant de conclure: «Si ces personnes existaient en Tchétchénie, la loi n’aurait pas à se soucier d’eux, vu que leurs propres parents se seraient déjà occupés définitivement de leurs cas». La Russie, dont Ramzan Kadyrov est le pantin, parle de rumeur pour se justifier de ne pas s’en préoccuper.

Hasard de l’actualité, le 17 mai c’est la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Une journée particulière pour se rappeler que dans la majeure partie du monde l’homosexualité est interdite, que l’on y risque des amendes, d’être emprisonné ou d’être condamné à mort.

L’Homophobie, comme son nom l’indique, c’est la peur des homosexuels. Eh oui, c’est aussi ridicule que ça, nous parlons bien de «peur». Une peur due à la religion, à la crainte que l’on puisse devenir homosexuel, au rejet des différences ou à la hantise de se faire draguer. Il ne faut pas aller chercher plus loin, ce sont les seules raisons qui poussent une personne à torturer, à faire chanter, à humilier, à violenter, à mettre à l’écart, à persécuter, ou à assassiner les homosexuels. L’humanité est aussi conne que ça, un homme est torturé parce qu’un type a peur de se faire draguer.

De la même manière que l’antisémitisme est un dérivé du racisme, l’homophobie est un parent du sexisme. Une lesbienne est méprisée parce qu’elle a l’outrecuidance de penser se passer d’un homme, un gay est méprisé parce qu’il se range du côté des femmes. On reproche même aux homosexuels de choisir de le devenir. Quelle absurdité! Comme si l’on choisissait d’être hétérosexuel. Comme si l’on pouvait choisir une sexualité dont on saurait qu’elle peut conduire à toutes ces discriminations. Pour reprendre les mots de Marivaux «un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme», qui restent sans doute la meilleure définition de la seule attirance sexuelle et affective que l’on choisit: celle qui est de l’ordre du déni.

La première des libertés consiste au droit à une vie privée. Au droit d’être ce que l’on est, à la possibilité de l’assumer, et surtout, n’en déplaise aux cons, de faire le choix d’aimer qui nous plaît.
«on peut s’aimer comme bon nous semble, et tant mieux si c’est un péché… nous irons en enfer ensemble (Brassens)»

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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