Tous aux abris, il y fait chaud !
Par Chraz , le 31 mars 2015

CHRAZnique

C’est chouette car peu à peu, élection après élection, on redevient enfin des bêtes ! Lentement mais sûrement, on retrouve peu à peu notre instinct de conservation, celui qui nous a permis de résister à tous nos prédateurs, de passer devant les hyènes, les lions et les éléphants et de devenir les champions du monde des espèces. Il était temps  qu’on revienne aux fondamentaux parce que depuis ces temps anciens où le danger était visible et où on avait des raisons évidentes de se méfier, on s’était un peu endormis sur nos lauriers. Comme on avait déjà exterminé pas mal de bestioles, on se croyait définitivement à l’abri et on n’avait plus peur. Du coup on était sur le point de disparaître, avalés par les envahisseurs métèques venus jusque dans nos bras niquer nos femmes et sodomiser nos compagnes – jusque-là, on pardonne – mais surtout vivre sur notre dos en suçant la Sécurité Sociale et nous imposer le voile à tous les étages.

Avant que des visionnaires comme le Front National en France, le NPD en Allemagne, le Parti autrichien de la liberté, l’Union nationale Attaque en Bulgarie, le parti néonazi Aube dorée en Grèce,  le Jobbik en Hongrie, la Ligue du Nord en Italie, le Parti radical serbe et pas mal d’autres organisations caritatives de partout, nous, la race supérieure, on se croyait peinard, alors on n’avait plus trop peur. On ne s’en rendait pas compte, qu’on courait un grand danger, alors on faisait de la philosophie, du social, on se masturbait l’encéphale avec de belles idées utopistes comme la liberté, l’égalité et la fraternité au lieu de se cantonner aux bien plus efficaces « Travail, famille, patrie », qui ont l’avantage de ne laisser aucun espoir. Bref, on était des branleurs, la tête dans le sable et le fion offert aux loups embusqués. Les arabes, les tsiganes, les roms, les juifs, les plombiers polonais (aux choix car selon les pays, le danger n’est pas le même) et toute cette racaille bonne à rien et avide de tout avaient déjà le pantalon baissé, prêts à nous mettre la quenelle bien profond quand… hé hé… Marine est arrivée, sans se presser, et leur a remis à tous la zigounette dans le calbard, circulez, couvre-feu, y a rien à voir, on s’occupe de tout !

On ne remerciera jamais assez tous ces gentils partis d’Europe et d’ailleurs d’avoir réussi à nous refoutre la trouille pour nous ramener à la réalité en pointant du doigt l’horreur qui nous guettait : les bougnoules et plus généralement tous les faux crève-la-faim, ces simulateurs qui n’hésitent pas à noyer des centaines de leurs copains pour essayer de déguiser en détresse humaine des croisières touristiques à la nage en Méditerranée.

Il y avait bien eu quelques essais de sensibilisation au danger que représentaient déjà ces gens-là dans les années 30, des essais qui avaient donné d’assez bons résultats et permis à Adolph de concrétiser en partie son rêve de fabriquer une race aryenne parfaite pour oublier qu’il était petit, brun, moche et souffreteux -. Manque de bol, les américains avaient débarqué et empêché ce brave führer de mener ses projets à leur terme, et comme il n’y avait pas encore Internet pour laver le cerveau des réticents, la mayonnaise avait fini par redescendre.

Heureusement, il se trouve par chance que l’homme descend du poisson rouge et croit donc voir un paysage nouveau à chaque tour de bocal, alors d’innombrables « citoyens » (un terme un peu périmé, j’espère que les futurs nouveaux maîtres du monde en trouveront un mieux adapté… pigeons, peut-être ?) se ruent à nouveau sur des bulletins bleu-gris-rouge vantant les qualités de neuneus souvent mononeuronaux mais habiles dans la confection d’enclos électrifiés pour protéger les troupeaux de moutons, euh… de pigeons.

C’est grand, c’est beau, on va finir dans des cages mais c’est le prix de la survie. Finalement, la limite entre l’instinct et l’intelligence était faible et l’homo sapiens de race pure va passer ce nouveau cap sans encombre. Merci à ceux qui ont réussi à faire revenir la peur dans nos corps amorphes, on leur doit une fière chandelle, sans eux on allait dans le mur. Et surtout merci à tous ces braves « citoyens » – dont la moitié ne se sont pas déplacés aux départementales, indiquant par là qu’ils en avaient marre de la démocratie – qui ont su mettre de côté leurs envies de joie, de partage et d’amour et se sacrifier en votant pour la sécurité. Parce que c’est bien joli de rêver à une société idéale où chacun aurait sa part et s’élèverait peu à peu grâce à la science et à la culture, mais si c’est pour se retrouver envahis par des profiteurs, autant brûler les livres, qui nous absorbent et nous empêchent de voir par dessus la muraille l’ennemi qui nous fera héros !

Bientôt, on devrait enfin être dirigés par des gens plutôt grossiers, relativement incultes et amnésiques, souvent allergiques à l’humour, mais on sera bien, dans nos quartiers sécurisés avec miradors dans les coins. Et puis, s’ils veulent tout de même se marrer un peu, les abstentionnistes d’aujourd’hui pourront toujours regarder sur TF1 les élections dans les autres pays.

A bas la poésie, l’avortement de confort et la musique – sauf la musique militaire, bien sûr -,  vive la France recroquevillée dans la position du fœtus et les chaises électriques, ça peut relancer AREVA !

 

par Chraz

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